Marine Le Pen a estimé vendredi 22 mai qu'on ne pouvait pas empêcher Patrick Bruel, visé par quatre plaintes pour viol en France, de se produire en concert, sous peine de le condamner « à la mort professionnelle » avant que la justice se prononce. La cheffe des députés du Rassemblement national s'exprimait sur BFMTV-RMC, alors que La France insoumise réclame l'annulation de sa tournée.
Un principe fondamental selon Marine Le Pen
« C'est condamner quelqu'un à la mort professionnelle ou à la mort sociale avant que la justice se soit prononcée », a déclaré Marine Le Pen. « Si on fait ça, on rompt avec l'État de droit », a-t-elle argumenté, rappelant le « principe fondamental » du droit voulant que « tant que vous n'êtes pas définitivement condamné, vous êtes présumé innocent ». Et, a-t-elle insisté, « les principes doivent être appliqués même quand ils vont à rebours de votre sentiment personnel, c'est ça la force d'un principe ».
La responsable d'extrême droite a reconnu que « ça n'empêche pas que chacun peut avoir sa conscience personnelle, son intime conviction sur les faits ». Elle-même dans l'attente d'une décision judiciaire qui pourrait l'empêcher de concourir une quatrième fois à la présidentielle, elle a ajouté : « Si vous appliquez le principe au bénéfice de vos propres amis mais pas au bénéfice de gens avec lesquels vous n'avez pas de point commun, alors vous n'avez plus de principes. » Marine Le Pen a rappelé qu'elle « n'aime pas » le chanteur.
La position de La France insoumise
À l'inverse, dans un communiqué vendredi soir, La France insoumise a demandé l'annulation de la cinquantaine de concerts que le chanteur de 67 ans s'apprête à donner, dans le cadre d'une tournée pour les 35 ans de son album iconique « Alors regarde ». LFI affirme que « les représentantes de MeTooMédia alertent sur les risques que la tenue de ces concerts fait peser sur des fans et des travailleuses de l'industrie musicale » et dit soutenir « toutes celles qui décideront de boycotter ou d'exercer leur droit de retrait ».
Plus largement, la formation de gauche radicale demande « l'annulation de ces concerts », considérant que « la présomption d'innocence n'empêche pas une présomption de crédibilité » pour les accusatrices. « Ni la présomption d'innocence ni les profits d'une tournée ne justifient de faire fi de la protection des femmes et des jeunes filles », insiste LFI, qui rappelle que les programmateurs peuvent prendre la décision d'annulation et que les assurances peuvent « choisir d'inclure les risques de violences sexistes et sexuelles dans les clauses de remboursement en cas d'annulation ».
Réactions et conséquences
Jeudi, le chef du parti d'extrême droite Reconquête, Éric Zemmour, avait jugé « scandaleux » que Patrick Bruel ne puisse pas « travailler jusqu'au bout ». Le chanteur, qui doit lancer sa tournée le 16 juin au Cirque d'Hiver à Paris, puis passer dans de nombreuses villes françaises, en Suisse et en Belgique, est invité par plusieurs maires, notamment ceux de Paris et Marseille, à renoncer à se produire dans leurs villes, en raison de quatre plaintes pour viols en France et une enquête judiciaire pour agression sexuelle en Belgique. Trois concerts du chanteur, prévus en décembre au Québec, ont été annulés.
Marine Le Pen s'est dite choquée par les accusations portées contre lui – qui les réfute –, fustigeant « tous ces gens qui sont accusés de se comporter comme des porcs avec les femmes », une « véritable honte ».



