Longtemps, Matthew et Rachelle Brettler, enfants de pères rescapés de la Shoah, n’ont pas voulu médiatiser le suicide suspect de Zac, leur fils de 19 ans, qui sauta du balcon du cinquième étage d’une tour londonienne de Riverwalk, le 29 novembre 2019. Trois ans après le drame, ils ont fini par accepter la proposition de la plume du New Yorker Patrick Radden Keefe de révéler l’affaire au grand public. Après avoir publié son article en février 2024, le journaliste s’est attelé à un livre, Le Fils de l’oligarque (Belfond), impressionnante enquête d’investigation sur la trajectoire de Zac, qui se fit passer, à l’insu de sa famille, pour un fils d’oligarque russe nommé Ismaïlov et installé à Londres.
Une métamorphose tragique
Nourri par deux ans de conversations avec les parents Brettler, le récit retrace, de façon chronologique, leurs relations avec leur fils cadet, leur étonnement et leur désarroi quand ils apprennent ses affabulations. On assiste ainsi à la métamorphose de Zac, enfant insolent et rieur en menteur tourmenté et vantard obsédé par les gangsters, rongé par l’anxiété corrosive de n’être pas assez riche. On constate ensuite la naïveté de Matthew et Rachelle Brettler quant à la "bienveillance" de deux adultes devenus les amis et protecteurs de Zac, Akbar Shamji et Verinder Sharma. Qui, on l’apprend petit à petit, en voulaient à la pseudo fortune du jeune homme.
Des escrocs sans scrupules
Akbar Shamji n’est autre qu’un charlatan au bord de la faillite, un dilettante posant à l’entrepreneur de génie, Oscar du meilleur escroc, et Verinder, alias "Dave l’Indien", un truand vieillissant, rêvant d’un dernier gros coup – coupable de quarante ans d’extorsions violentes et autres atrocités, et n’ayant écopé de guère plus de quelques mois en prison, à se demander, écrit Patrick Radden Keefe, s’il n’était pas un informateur de Scotland Yard.
Le Londres corrompu des années 2020
Ce faisant, l’ouvrage brosse le tableau effrayant et ténébreux du Londres des années 2020, obsédé par le pouvoir et rongé par la corruption, avec ses résidences fantômes, ses comptes bancaires à l’étranger, ses entrepreneurs sans morale, ses escrocs sans vergogne et ses autorités incompétentes. Après l’enquête mal ficelée de Scotland Yard avec toutes ses pistes négligées, on reste pantois devant celle du journaliste du New Yorker.
Un livre choc
Le Fils de l'oligarque, par Patrick Radden Keefe, traduction Anne-Sylvie Homassel. Belfond, 400 p., 22,90 €.



