L'avenir de l'entrepreneuriat passe-t-il nécessairement par l'intelligence artificielle (IA) ? C'est en tout cas le fantasme des pontes du secteur. « Nous ne sommes pas loin du moment où l'IA permettra à une entreprise d'une seule personne de valoir un milliard de dollars », a parié en 2024 Sam Altman, le PDG d'OpenAI, maison mère de ChatGPT. Son allié, Satya Nadella, patron du géant Microsoft, a prophétisé en début d'année : « Nous allons tous devenir les managers d'une infinité d'esprits [référence aux agents IA, NDLR]. Dès lors, si nous partons de ce principe, la question est de savoir ce que nous pouvons en faire. »
Jean-François Pillou, 48 ans, a un début de réponse : aujourd'hui, ses employés ne sont pas des humains, mais bien des machines autonomes. Après avoir fondé il y a près de trente ans le site Comment ça marche et codéveloppé le groupe CCM Benchmark, le créateur de l'appli touristique Around Us explique : « Je suis seul dans ma start-up. Mais avec l'IA, j'ai les moyens d'une multinationale. » Son entreprise, qui utilise des agents d'IA pour gérer le développement, le marketing et le service client, réalise déjà un chiffre d'affaires de plusieurs millions d'euros.
Une prophétie autoréalisatrice ?
Plusieurs experts en IA prédisent l'émergence de « licornes » – des entreprises valorisées plus d'un milliard de dollars – n'employant qu'une seule personne. Cette vision, portée par des figures comme Sam Altman et Satya Nadella, pourrait devenir une prophétie autoréalisatrice. Les avancées rapides dans les modèles de langage et les agents autonomes rendent techniquement possible la délégation de tâches complexes à des IA. Cependant, certains observateurs mettent en garde contre un « miroir aux alouettes » : les défis juridiques, éthiques et de confiance restent immenses.
Les limites du modèle
Si l'idée séduit, elle soulève des questions. Une entreprise unipersonnelle ultra-automatisée peut-elle vraiment rivaliser avec des multinationales établies ? La responsabilité en cas d'erreur de l'IA, la protection des données et la dépendance à des fournisseurs de technologies sont autant de freins. De plus, la notion d'emploi et de sens au travail serait bouleversée. Pour l'instant, seuls quelques pionniers comme Jean-François Pillou explorent cette voie, mais les géants de la tech investissent massivement pour démocratiser ces outils.
Reste à savoir si cette prédiction deviendra réalité ou restera un simple fantasme de la Silicon Valley. Une chose est sûre : l'IA redéfinit déjà les contours de l'entrepreneuriat, et les prochaines années seront décisives.



