La Grèce, de pays malade à modèle budgétaire : leçons d'une métamorphose économique
Grèce : de pays malade à modèle budgétaire européen

La renaissance économique grecque : un modèle pour l'Europe

Elle était considérée comme le pays malade de l'Europe, voici désormais la Grèce érigée en exemple de discipline budgétaire. Seize années après le début d'une crise financière qui a failli emporter la zone euro, la nation hellénique affiche aujourd'hui une santé économique insolente : croissance robuste, chômage au plus bas et dette publique qui fond à vue d'œil. Pourtant, entre l'inflation persistante qui pèse sur les ménages et la menace d'une nouvelle crise pétrolière, le chemin vers la stabilité complète reste escarpé.

Une résilience face aux chocs énergétiques

Pour Le Point, Kyriakos Pierrakakis, ministre grec de l'Économie et président de l'Eurogroupe, revient sur cette métamorphose historique. Alors que la France se débat avec ses propres déficits publics, il livre les enseignements précieux d'une cure d'austérité sans précédent dans l'histoire européenne moderne.

Le Point : La Grèce est-elle en mesure de faire face à la crise pétrolière ?

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Kyriakos Pierrakakis : La Grèce est aujourd'hui bien placée pour absorber le choc énergétique. Notre économie est devenue nettement plus résiliente ces dernières années, grâce à une croissance soutenue, à l'assainissement rigoureux des finances publiques et à la poursuite déterminée des réformes structurelles. Comme le souligne le dernier rapport au titre de l'article 4 du FMI, le renforcement significatif de la situation budgétaire grecque et la solidité accrue de son secteur financier constituent des remparts importants contre les chocs extérieurs, notamment la volatilité des prix de l'énergie.

Nous avons déjà annoncé des mesures ciblées pour amortir l'impact immédiat, en nous appuyant sur la boîte à outils européenne mise au point lors de la crise énergétique de 2022, en mettant l'accent prioritaire sur le soutien aux ménages les plus vulnérables et la garantie de la stabilité du marché intérieur.

Depuis mars 2026, la Grèce met en œuvre un plan d'aide substantiel de 300 millions d'euros pour faire face à la hausse continue des coûts énergétiques. Parmi les principales mesures figurent :

  • Une subvention de 0,16 euro par litre sur le diesel (soit une réduction totale de 0,20 euro TVA comprise)
  • Une carte carburant numérique innovante pour les consommateurs
  • Une subvention de 15 % sur les coûts d'engrais pour les agriculteurs

Dans le même temps, nous restons extrêmement vigilants. Toute mesure supplémentaire, si elle s'avère nécessaire, sera ciblée avec précision, afin d'assurer un soutien significatif aux ménages et aux entreprises sans compromettre l'équilibre budgétaire.

Les chiffres d'une renaissance économique

L'économie grecque semble en effet sur une meilleure pente aujourd'hui. Est-ce une véritable renaissance ?

Oui, les chiffres officiels le confirment sans ambiguïté. La Grèce est aujourd'hui en excédent primaire, et nous avons la dette dont le ratio baisse le plus rapidement en Europe. En 2026, selon nos projections budgétaires les plus récentes, la croissance devrait atteindre 2,4 %, l'un des taux les plus élevés de l'Union européenne. En parallèle, le ratio de dette, qui avoisinait 210 % du PIB au plus fort de la crise, doit passer sous les 120 % d'ici à la fin de la décennie.

Cette performance remarquable est directement liée à la transformation profonde du pays. Nous avons réalisé les réformes difficiles, et bénéficié de la stabilité politique, du soutien européen solide et du travail continu du gouvernement Mitsotakis depuis 2019. Le chômage est au plus bas depuis 2008. C'est la preuve tangible que la société grecque a réussi à se relever d'une crise qui, pour nous, s'apparentait à la grande dépression américaine : nous avons perdu 25 points de PIB, des milliers de personnes ont émigré, des vies ont été brisées, mais la Grèce a tenu bon.

Les défis persistants de la vie quotidienne

Vous évoquez un pays sur la bonne trajectoire. Pourtant, beaucoup de Grecs ont le sentiment que leur vie est plus difficile qu'avant. Que leur répondez-vous ?

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Je les entends parfaitement. Les défis existent bel et bien, dans la vie quotidienne comme dans les politiques publiques. Le logement abordable est un problème majeur dans l'Europe entière, et en Grèce également. Nous avons subi une forte inflation post-Covid, qui a pesé lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages. Certaines personnes ont besoin d'un soutien plus ciblé et nous devons renforcer durablement l'économie pour protéger efficacement la société.

C'est précisément le sens de nos réformes structurelles : doper la croissance économique, aider les citoyens durablement. Le dernier paquet fiscal annoncé par le Premier ministre vise spécifiquement à augmenter les revenus disponibles, notamment via une réforme innovante fondée sur la composition familiale et l'âge d'entrée dans le marché du travail. Les Grecs vont le ressentir directement sur leur compte bancaire dans les mois à venir.

Leçons pour la France et l'Europe

La France est dans une situation difficile sur le plan des finances publiques. En tant que pays qui a subi des années d'austérité, que retenez-vous de cette expérience douloureuse ?

La France a adopté un budget qui respecte les règles européennes et s'inscrit dans une trajectoire de réduction progressive du déficit. C'est positif. La Grèce, elle, a vécu la crise la plus dure de tous les pays entrés dans des programmes du FMI : trois programmes successifs, des pertes de revenus massives, un chômage record. La leçon est claire : ne plus répéter les erreurs du passé. Il faut des finances publiques durables et des réformes solides pour ne pas transmettre le fardeau aux générations suivantes.

La France reste une grande économie, diversifiée, innovante. Elle dispose de tous les atouts nécessaires pour renouer avec une croissance forte et des finances saines.

Les réformes prioritaires pour l'avenir

Quelles sont les réformes prioritaires pour renforcer encore l'économie grecque ?

Beaucoup se jouent d'abord au niveau européen : investissements stratégiques, digitalisation accélérée, réduction des barrières entre États membres, simplification administrative radicale. Nous devons créer de véritables champions européens capables de rivaliser mondialement. Sur le plan national, nous devons élargir notre potentiel de croissance, répondre aux défis urgents du logement, renforcer notre système fiscal. Nous avons déjà supprimé 83 taxes et contributions en six ans et demi, mais il faut aller plus loin dans cette direction.

La compétitivité et la productivité demeurent des enjeux majeurs, particulièrement face à notre défi démographique croissant. La réforme numérique a été l'une des plus importantes : nous avons dématérialisé plus de 2 000 services publics. C'est très populaire, cela libère du temps précieux, élimine les frictions bureaucratiques et renforce la transparence administrative. Nous devons désormais digitaliser en profondeur la justice, la santé, l'éducation. Dans l'enseignement supérieur, par exemple, nous n'avons jamais su attirer suffisamment les étudiants étrangers ou retenir les jeunes Grecs talentueux. Réformer ce secteur aurait non seulement un dividende éducatif, mais aussi économique considérable.

Une nouvelle responsabilité européenne

Vous avez récemment été élu à un poste européen important. S'agit-il d'une revanche pour la Grèce après la crise ?

Je n'aime pas ce mot de revanche. En grec ancien, nous avons le mot « hubris », et nous savons ce qu'il signifie profondément. Je préfère parler de responsabilité partagée. Notre mission est claire : délivrer des résultats concrets. L'Europe doit désormais transformer ses stratégies ambitieuses, comme celles décrites dans le rapport Draghi, en réalisations tangibles. Ce n'est pas ce que nous disons qui compte finalement, mais ce que nous faisons effectivement.

La crise est-elle définitivement derrière vous ?

Nous sommes sur la bonne voie, solidement engagés. Le futur économique est entre nos mains. Les responsables publics doivent rester vigilants face aux risques persistants. Mais oui, nous avons toutes les raisons d'être optimistes, en tant que responsables politiques, mais aussi en tant que citoyens européens engagés dans la construction d'un avenir meilleur.