La porte est incroyablement lourde à manœuvrer. Derrière elle, un monde de secret et de sécurité absolue. Le directeur départemental de la Banque de France de Nîmes, Patrick Saulnier, a accordé une visite exclusive des coulisses de l'agence gardoise à Midi Libre. Des centaines de milliards d'euros et de francs ont transité par la salle des coffres en plus de trente ans. Aujourd'hui, plus un seul billet n'y est conservé, mais l'activité reste soutenue.
Un bâtiment chargé d'histoire
L'agence de Nîmes, située en face des arènes, n'est plus une caisse et ne traite plus de numéraire. Plus d'argent liquide, plus de pièces, plus de guichets. Pourtant, les infrastructures demeurent, offrant un décor de cinéma où s'écrit une histoire débutée en 1990. "Oui, l'agence telle qu'elle existe aujourd'hui ne s'est installée qu'en 1990 dans ce bâtiment, avant les locaux de la Banque de France se situaient rue de l'Horloge", explique Patrick Saulnier, dont la carrière a déjà été marquée par plusieurs postes dans la banque nationale, à Poitiers, Reims et Strasbourg.
La salle des coffres dévoilée
Exceptionnellement, la salle des coffres a été partiellement ouverte. Vitres blindées, alarmes, coffres géants : tout rappelle que la sécurité était maximale. Des déménageurs s'affairaient ce mardi 26 août dans l'immense salle, vidant les derniers vestiges de l'époque où l'on pouvait échanger des billets. Partout, des interrupteurs, des voyants, des dispositifs de sécurité, des vitres blindées à plusieurs couches, des trappes, des alarmes, des tubes destinés à aspirer. Sur le sol, quelques billets broyés jonchent le sol comme des confettis : seule trace d'argent dans les locaux.
Patrick Saulnier montre ensuite les chariots qui servaient à transporter les sacs de billets, déposés par les transporteurs de fonds après avoir franchi un sas ultra-sécurisé avec double sécurité. "Ensuite, ils se garaient et déposaient les sacs de billets par-là", indique le directeur. Les volumes demeurent secrets, mais on comprend qu'il s'agit de sommes considérables, des centaines de milliards d'euros et de francs en plus de trente ans.
La culture du secret
À la Banque de France, presque comme dans certains services secrets, tout est cloisonné. Au sens propre comme au figuré. Un agent peut ne pas avoir accès à un service et ignorer les dispositifs de sécurité d'un autre. "Certains agents ont travaillé parfois trente ans sur un site et n'ont jamais eu accès à un autre service", souligne le directeur. Le cloisonnement est maximal, les services sont rendus étanches les uns des autres.
Les nouvelles missions
Si la partie numéraire a disparu, la Banque de France reste la référence en matière d'entreprises et de problèmes bancaires. Les agents continuent de renseigner les usagers sur les problèmes de fichage ou de crédits impayés. Ils disposent aussi d'un système de cotation des entreprises du Gard. "Nous organisons 400 entretiens par an auprès des entreprises du Gard, ce qui permet de donner une note traduisant la santé financière de la société", indique Patrick Saulnier.
La banque conserve également une activité significative pour l'accompagnement des personnes en difficulté bancaire, notamment via le dépôt de dossiers de surendettement. "Nous sommes dans une approche de non-jugement des situations. Dans certains cas, il est nécessaire de figer les dettes ou de les effacer, mais cela empêche pendant cinq ans d'obtenir un crédit", précise le directeur. La banque forme aussi des publics relais pour aider les gens en difficulté, soit 400 personnes chaque année.
Vers un changement de locaux
Avec seulement une quinzaine d'agents aujourd'hui, contre soixante-dix par le passé, la Banque de France s'apprête à céder ses 5 000 mètres carrés. Un projet d'annexe du tribunal judiciaire, relancé par les annonces du ministre de la Justice lors de sa venue la semaine dernière, suscite l'intérêt des élus locaux. Mais aucun contact concret n'a encore été établi. En attendant, la banque cherche "des locaux en centre-ville sur un espace de 500 mètres carrés", confirme M. Saulnier.
Du côté du palais de justice, le premier président de la cour d'appel de Nîmes a confirmé qu'une réflexion était menée sur les locaux actuels de la Banque de France. Lors de sa venue, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, avait évoqué le projet de nouveau palais de justice, qui pourrait se concrétiser par l'achat d'un bâtiment dans le secteur.



