Économie française à l'arrêt : choc pétrolier et fiscalité dévastatrice
Économie française à l'arrêt : choc pétrolier et fiscalité

L'économie française aborde à l'arrêt le choc pétrolier déclenché par la guerre d'Iran. La croissance a été nulle au premier trimestre 2026. Toutes les composantes de l'activité sont en recul : la consommation de 0,1 %, l'investissement de 0,4 %, le commerce extérieur de 0,7 % ; seule la reconstitution des stocks a permis d'échapper à la récession. Avec pour conséquences immédiates l'envolée des faillites qui ont touché 19 000 entreprises et la destruction de 11 400 emplois, dont 5 000 dans l'industrie.

Cette panne totale ne résulte pas du conflit au Moyen-Orient, qui n'a débuté que le 28 février, mais du choc fiscal appliqué par le budget de 2025. S'il a permis de réduire le déficit à 5,1 % du PIB – pire performance de la zone euro après la Belgique –, il fut dévastateur pour l'économie. La diminution du déficit a été intégralement obtenue par la hausse des prélèvements obligatoires de 51 milliards d'euros et des impôts de 23 milliards, dont la majeure partie à la charge des entreprises. Celles-ci n'ont eu d'autre choix que de réduire leur production, l'emploi et l'investissement. Simultanément, la répression de l'épargne et l'instauration d'une fiscalité confiscatoire sur les hauts revenus ont provoqué une fuite massive des capitaux, pourtant indispensables pour financer la réindustrialisation, la révolution de l'IA, la transition écologique et le réarmement.

Déni suicidaire

Le choc pétrolier porte donc le coup de grâce à une économie non seulement stagnante mais exsangue, dont tous les moteurs ont été coupés. Le budget pour 2026 aggrave en effet les orientations destructrices de celui de 2025, avec 20 milliards de nouvelles hausses d'impôts et l'accélération des dépenses sociales à travers la suspension de la réforme des retraites. Le déni dans lequel s'est enfermé le gouvernement sur la violence de la crise est suicidaire. Sous l'optimisme des marchés financiers qui continuent à entretenir les bulles spéculatives en postulant que la guerre d'Iran est anecdotique et que les conséquences du blocus d'Ormuz resteront limitées, pointe une réalité tout autre. L'arme de destruction massive de l'économie mondiale dont la République islamique d'Iran s'est dotée avec la mainmise sur Ormuz se révèle redoutable.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

C'est à raison que Fatih Birol, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, a alerté contre « une crise plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies », en raison des dommages aux infrastructures de production mais surtout du blocage d'une voie maritime vitale non seulement pour les hydrocarbures mais aussi pour l'aluminium, les engrais, la chimie ou l'hélium – indispensable à la fabrication des microprocesseurs. L'augmentation du prix du pétrole, qui avait quadruplé en 1973 et doublé en 1979, a jusqu'à présent été contenue à 40 % dans les pays développés grâce à l'utilisation des stocks stratégiques ; mais ceux-ci sont en voie d'épuisement. Sauf réouverture rapide d'Ormuz, hautement improbable, le prix du baril de Brent pourrait tendre vers 150 dollars. Simultanément, les pénuries d'hydrocarbures et de matériaux critiques, concentrées sur l'Asie et le Sud, gagneront l'Europe à partir de l'été. Il en résultera une désorganisation des chaînes de production et une inflation d'autant plus durable qu'elle est alimentée aussi par les tensions sur les terres rares, la généralisation du protectionnisme et le vieillissement démographique.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Risque de récession

La France est particulièrement vulnérable à ce choc pétrolier, qui transfère 1,5 à 2 % du PIB vers les pays producteurs d'hydrocarbures et de matières premières. Elle se dirige droit vers la stagflation. La croissance atteindra au mieux 0,3 %, très loin des 0,9 % espérés par le gouvernement, sans qu'une récession soit exclue. L'inflation qui a déjà doublé, passant de 1,1 à 2,2 %, s'installera au-dessus de 3 %. Le taux de chômage dépassera 8 % des actifs. Le déficit public se creusera d'un point de PIB au moins, sous l'effet de la hausse du prix du pétrole (0,1 point de déficit pour 10 dollars d'augmentation), des pertes de recettes fiscales découlant de la stagnation (0,3 à 0,5 % du PIB), de l'alourdissement de la charge de la dette résultant de la réévaluation des taux (5 milliards d'euros), enfin de la dérive des dépenses sociales qui sont indexées sur l'inflation.

Par ailleurs, la France se trouve totalement impuissante et désarmée, en raison du surendettement de l'État (3 500 milliards auxquels s'ajoutent 180 milliards dus au titre des emprunts de l'Union et 12 300 milliards d'engagements de retraite), qui lui ôte toute capacité d'action alors qu'il accapare 57,2 % du PIB. Dans les années 1970, notre pays commit l'erreur de répondre au premier choc pétrolier par une relance keynésienne avant de mettre en place des mesures structurelles, notamment le programme nucléaire, fort d'une dette publique réduite à 15 % du PIB. Un demi-siècle plus tard, la faillite de l'État le condamne à subir, interdisant le soutien démagogique de la consommation – ce qui est salutaire – mais aussi toute réorientation du modèle économique vers la production, l'investissement et l'innovation – ce qui est tragique. L'année 2026, commencée comme une nouvelle année perdue placée sous le signe de l'immobilisme, pourrait bien se terminer comme une annus horribilis.