Budget Bayrou : un choc violent de 43,8 milliards, analyse Éric Heyer
Budget Bayrou : choc violent de 43,8 milliards, analyse Heyer

L'économiste Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et enseignant à Sciences Po Paris, livre une analyse sans concession des orientations budgétaires annoncées par le Premier ministre François Bayrou. Selon lui, le plan d'économies de 43,8 milliards d'euros constitue un choc violent pour les Français, du jamais-vu. Il revient sur les mesures phares, leur faisabilité et leur impact social.

Un choc budgétaire sans précédent

Éric Heyer est catégorique : plus de 40 milliards d'économies, c'est une somme gigantesque, un choc violent infligé aux Français, du jamais vu. François Bayrou a répété que l'État français était en danger de mort, avec un diagnostic vital engagé. Il a noirci le tableau et ne laisse pas le choix, évoquant le dernier étage avant la falaise. Le prochain budget n'aura d'autre ambition que de stabiliser la dette, réduire le déficit et rassurer les marchés. Pourtant, Heyer souligne que nous sommes face à un changement de l'ordre économique mondial, avec la bataille commerciale de Donald Trump, une économie de guerre, une transition écologique incontournable et une hausse de la pauvreté. Bayrou passe peut-être à côté du vrai sujet.

Une équité en question

Les mesures annoncées sont-elles justes et équitables ? Heyer est sceptique. L'année blanche gèle les prestations sociales, les salaires des fonctionnaires et les retraites, impactant tout le monde. Mais les ménages modestes seront davantage touchés que les plus aisés, comme l'OFCE l'a montré. Le gel des seuils fiscaux fera que votre revenu augmentera avec l'inflation, sans gain de pouvoir d'achat, mais vous paierez plus d'impôts. De nouveaux ménages devront payer des impôts alors qu'ils étaient juste en dessous du seuil. L'année blanche est une mesure prise quand le budget n'a pas été voté, un non-choix. C'est décevant de la part d'un Premier ministre qui a passé cinq ans à réfléchir à la France de demain.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La suppression des jours fériés : une mesure marginale

La suppression de deux jours fériés aura un impact marginal, selon Heyer. Nous sommes dans une période de retournement conjoncturel : l'Insee, la Banque de France, l'OFCE, l'OCDE et le FMI annoncent un trou conjoncturel en Europe et en France. Le chômage va repartir à la hausse. Alors que les entreprises ont des carnets de commandes vides et vont licencier, on leur donne de la main-d'œuvre. Cette mesure serait pertinente quand les entreprises manquent de personnel, mais pas maintenant. Pour ceux qui travaillent dans des conditions difficiles, deux jours supplémentaires représentent un effort considérable.

Autres mesures impactantes

Le non-remplacement des fonctionnaires ne commencera qu'en 2027, loin dans le futur. L'effort de 5,3 milliards demandé aux collectivités est énorme, mais on ne sait pas d'où il viendra. Réduire les dépenses publiques impacte aussi les citoyens et les acteurs privés. La réforme de l'assurance chômage baissera les droits des demandeurs d'emploi. Dans la santé, les déremboursements créent un système à deux vitesses. Il y a des hausses d'impôts déguisées de 16 milliards, avec la suppression des niches fiscales et de l'abattement de 10 % pour les retraités, ainsi que les jours fériés supprimés. La seule hausse non déguisée est la contribution de solidarité sur les plus hauts revenus.

Réalisme et mise en œuvre

Heyer estime que la probabilité d'une censure du gouvernement est très élevée. Même sans censure, mettre en œuvre plus de 40 milliards d'efforts sans révolution sociale est improbable. Le gouvernement va négocier avec les partis pour limiter la casse et établir un budget moins ambitieux mais viable. Il s'agit donc d'un premier ballon d'essai.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Analyse de Christophe Barbier

Christophe Barbier, éditorialiste à BFMTV, analyse les chances de survie du gouvernement. Selon lui, si Bayrou passe son budget par 49.3, il sera renversé. Mais s'il laisse les débats s'enliser, les oppositions oseront-elles déclencher une censure et risquer une dissolution à quelques mois des municipales ? Le gouvernement et le Président doivent utiliser la dissuasion. Bayrou laisse la porte ouverte à une négociation avec les socialistes sur la fiscalité des plus riches : un pacte de non-censure a encore une chance. Mais s'il tente à tout prix de faire passer son budget, il chutera. Barbier estime qu'il a 66 % de chances de tomber.