Trois jeunes issus du monde du design et de l’architecture d’intérieur ont fondé un atelier dédié à la fabrication de maquettes d’architecture à Bordeaux. Leur savoir-faire combine artisanat et innovation. Issus de la même école d’arts appliqués (Condé Bordeaux), amis dans la vie, tous trois partagent une passion pour la maquette d’architecture, au point de vouloir en faire un jour leur activité principale. Leurs noms : Morgane Batany, Yohan Lapitre et Samuel Roy. Respectivement architecte d’intérieur, designer modélisateur 3D et designer industriel, ces trentenaires indépendants ont donné naissance, il y a peu, à un atelier de fabrication. Le studio La Maquetterie vient d’élire domicile à la Fabrique Pola, sur la rive droite bordelaise.
Un savoir-faire artisanal et innovant
Fuyant la démesure, le trio rêve de voir le monde en petit. « En partant d’un bâtiment ou d’un quartier, l’objectif est de réussir à le traduire à échelle réduite tout en gardant les détails les plus significatifs. Le résultat doit rester lisible, compréhensible », insiste Yohan. « Dans nos formations, nous avions déjà l’habitude de prototyper des petits objets », abonde Samuel.
Des clients principalement promoteurs
On aurait pu croire naturellement que les architectes seraient les premiers professionnels à faire appel à leur savoir-faire. Ce n’est pas le cas. « On travaille surtout avec des promoteurs, constate Morgane. La maquette les aide dans leur communication. Que ce soit pour mieux vendre un projet à des clients ou pour expliciter son insertion géographique. Grâce à ce support physique, les gens se projettent plus facilement. »
Au-delà des rapports volumétriques d’une maquette d’intention, l’équipe conçoit des objets à la fois réalistes et poétiques pour susciter des émotions, du dialogue. Le souci du détail s’applique autant à la complexité du bâti qu’à la végétation alentour. « En privilégiant les végétaux séchés », précise Morgane Batany. Et de citer : la gypsophile, les statices, des immortelles blanches ou encore le broom bloom teinté pour la végétation de type arbres feuillus. « Lorsqu’on souhaite représenter des pins caractéristiques du sud, on prend de l’achillée Parker. Pour les conifères élancés du genre cyprès, c’est du lagurus queue-de-lièvre », poursuit-elle. Quant aux massifs de fleurs, « ils sont créés avec de la marcela ou un autre végétal à fleurs séchées et stabilisées (pour les pétales). On les travaille fleur par fleur, à la pince de précision. »
Projets emblématiques à Bordeaux et ailleurs
Le studio bordelais a déjà collaboré avec de gros clients. Nhood Corporate, société immobilière de l’Association familiale Mulliez, en fait partie. Pour elle, il a réalisé la maquette du nouveau supermarché Auchan de l’avenue Counord, dans le quartier des Chartrons à Bordeaux. On l’a également missionné pour reproduire la future résidence Boscaïa, au cœur du domaine de Geneste, à Villenave-d’Ornon. « Ce projet prenant place à côté d’une zone Natura 2000, il fallait avoir une représentation assez fidèle de la végétation. La maquette sert d’outil de médiation auprès des acteurs institutionnels et des riverains. Des enfants du primaire sont aussi venus la voir dans un but pédagogique. »
Toujours pour Nhood, la société girondine a planché sur Attraction, le réaménagement d’une ancienne friche en quartier vert à Marcq-en-Baroeul, dans les Hauts-de-France. Assise sur un socle circulaire et placée sous un dôme de protection, cette maquette d’envergure a eu les honneurs du Mipim 2025 à Cannes, salon où se retrouvent tous les poids lourds de l’immobilier.
Le patrimoine ancien et les ateliers pour le public
Le jeune atelier n’a pas hésité à se frotter au patrimoine ancien en s’attelant à la reproduction du château de Grissac (Prignac-et-Marcamps), actuellement en réhabilitation. En plus de la propriété de style Renaissance avec sa grande allée, ses petites ailes et ses orangeries, « on a fait le plan de masse du domaine en version casier américain pour qu’il soit suspendu comme un tableau », précise Samuel Roy.
Mêlant artisanat et innovation, les maquettistes diversifient les matériaux en fonction des commandes : papier, papier cartonné, carton, terre crue. Le plastique comme le PLA (issu de l’amidon de maïs) ou le PETG (utilisé notamment pour les bouteilles d’eau) est incontournable pour l’impression 3D. De la pince à épiler à la découpe laser, la palette des outils utilisés est large. Une campagne de financement participatif concluante (objectif de 5 500 euros atteint) sur Ulule va permettre d’enrichir le parc de machines de précision. Pour la rentrée, la Maquetterie prévoit d’organiser des stages de fabrication tournés vers le grand public. Manière de mettre leur dextérité en partage.



