Donald Trump portait encore son smoking et son nœud papillon lorsqu'il s'est adressé à la presse, après une soirée qu'il a qualifiée d'« un peu différente de ce que nous pensions ». « La Première dame et moi, nous avons entendu un bruit et j’ai cru que c’était un plateau qui tombait. J’ai entendu ça plein de fois, et c’était un bruit assez fort, qui venait de très loin. Il n’était pas encore arrivé dans la zone », a-t-il raconté.
Une soirée sous le choc
Il était 22 h 31 lorsque Trump est entré dans la salle de presse de la Maison-Blanche. « C’était soit un plateau, soit un coup de feu. J’espérais que ce soit un plateau, mais ce n’en était pas un », a-t-il poursuivi, flanqué de membres de son cabinet et de sa femme, Melania, au visage fermé. « C’était une expérience assez traumatique pour elle », a-t-il noté, confiant qu'elle avait immédiatement glissé : « C’est un mauvais bruit. »
La salle s’est remplie de journalistes ayant réussi à quitter le dîner pour assister à la conférence de presse, hommes en smoking, femmes trottant sur leurs talons, en robes longues et bras nus sous la pluie fine qui tombait sur Washington, par cette nuit froide pour la saison. Ceux qui avaient mis des manteaux au vestiaire ont dû les laisser, car ils font partie de l’enquête, selon Andrew Solender, journaliste d’Axios.
En attendant l’arrivée de Trump, comme toujours, Kaitlan Collins, la journaliste star de CNN, a commencé ses directs, au premier rang, dos au pupitre – mais en robe rose pâle, drapée sur la poitrine, sans bretelles. Cara Castronuova, de la chaîne MAGA Lindell TV, ancienne boxeuse professionnelle à qui l’on doit des questions remarquées sur les secrets de la forme étincelante du président, a été priée par les photographes du fond de s’asseoir. Sa coiffure à étages obstruait le champ. Elle portait une robe de soie noire avec une seule manche bouffante et des stilettos dorés.
La salle de bal, une question de sécurité
Un peu plus tôt, les centaines d’invités au dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche entamaient leur mozzarella quand des tirs ont été entendus dans l’hôtel où se déroulait la soirée. Tandis que des centaines de journalistes plongeaient sous les tables, Donald Trump et les membres de son cabinet ont été évacués. Le président américain était « complètement sous le choc ».
Il était ému, aussi, parce que tous les invités, « républicains, démocrates, indépendants, conservateurs, libéraux et progressistes » ont semblé unis, dans « un formidable sentiment d’amour et de solidarité ». Il a rappelé : « C’était un événement dédié à la liberté d’expression, censé réunir des membres des deux partis et des journalistes. Et d’une certaine manière, il y est parvenu. Car le fait qu’ils se soient unis, j’ai vu une salle totalement unie. C’était, d’une certaine façon, très beau, un spectacle magnifique. »
Trump est tout de même déçu. Il avait préparé « le discours le plus déplacé jamais prononcé ». C’était la première fois qu’il assistait à l’événement annuel, qu’il avait snobé lors de son premier mandat et l’an dernier. Son discours aux médias, qu’il traite depuis son entrée en politique de « fake news », devait durer une bonne heure. Trump est, par ailleurs, conforté dans son idée qu’il lui faut une salle de bal, « avec des niveaux de sécurité comme personne n’en a jamais vu ». Le projet est pour l’instant bloqué par la justice.
Le tireur n’a pas atteint la salle du dîner
Trump est, enfin, un peu flatté. Peter Doocy, de Fox News, lui a demandé pourquoi, à son avis, « ça lui arrive tout le temps ». Il a répondu : « J’ai étudié les assassinats et je dois vous dire que les personnes les plus influentes, celles qui ont le plus d’impact, si vous regardez des exemples comme Abraham Lincoln […] celles qui ont le plus d’impact sont celles qu’on prend pour cibles […] Regardez ces noms. Ces grands noms […] Et je déteste dire ça, mais je suis honoré, car j’ai accompli beaucoup de choses. Nous avons pris ce pays qui était la risée de tous depuis des années et c’est maintenant le pays le plus en vogue du monde. »
Le tireur, Cole Thomas Allen, 31 ans, de Torrance, en Californie, n’a pas réussi à atteindre la salle du dîner. Donald Trump a posté une vidéo où il force un poste de sécurité, poursuivi par un groupe d’agents de sécurité, qui l’ont plaqué au sol et menotté. Il était armé d’un fusil de chasse, d’un pistolet et de plusieurs couteaux. Selon un témoin cité par le New York Post, il a assemblé son arme dans une « pièce improvisée » près de l’entrée où étaient entreposés les chariots de bar et où « il n’y avait aucune sécurité ».
« Pour être honnête avec vous, je ne suis pas au bord de la crise de nerfs. Vraiment, je prends les choses comme elles viennent. Je le fais pour le pays. Je ne le fais pour aucune autre raison », a déclaré Donald Trump.
Il a tiré au moins un coup de feu, selon les forces de l’ordre, dont ont émané les autres tirs. Le fait d’être client du Hilton de Washington, hôtel de 10 étages et 1 107 chambres qui reste ouvert lors de l’événement, lui a probablement permis d’être moins fouillé. « C’était totalement inattendu. Un policier a été blessé par balle, mais il a été sauvé grâce à son gilet pare-balles », a raconté Trump, qui venait de l’appeler pour lui dire « qu’il l’aimait et le respectait ».
« 10 % de 1 % de chance » de mourir pour les pilotes de F1
Comment se sent le président, après ce qui s’apparente à une troisième tentative d’assassinat ? « C’est un métier dangereux », a-t-il philosophé. Il a évoqué les probabilités de mourir pour les pilotes de Formule 1 « 10 % de 1 %, beaucoup moins de 1 % » et pour le rodéo sur taureaux, « à peu près la même chose, 10 % de 1 %, bien moins de 1 % ». Il a poursuivi : « Mais quand vous êtes président, c’est environ 5 %, 5 % sont abattus. Si Marco (Rubio) m’avait dit ça, peut-être que je ne me serais pas présenté. » Comment cela pourrait-il l’affecter, en tant que dirigeant ?
« J’aime ne pas y penser. Je mène une vie plutôt normale, compte tenu du fait que c’est une vie dangereuse. » Il a ajouté qu’on lit des histoires sur des gens qui « finissent au bord de la crise de nerfs ». « Pour être honnête avec vous, je ne suis pas au bord de la crise de nerfs. Vraiment, je prends les choses comme elles viennent. Je le fais pour le pays. Je ne le fais pour aucune autre raison », a-t-il assuré.
Dans la salle de presse avec lui, aussi en tenue de gala, étaient présents le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, la porte-parole Karoline Leavitt, le vice-président J.-D. Vance, le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, le procureur général par intérim, Todd Blanche.
Un nouveau dîner dans les 30 jours
Ce dernier a déclaré que le suspect fera face à plusieurs chefs d’accusation, et a souligné que l’enquête ne fait que commencer. Selon Jeanine Pirro, ancienne de Fox News et procureure générale de Washington, il sera accusé d’utilisation d’une arme à feu lors d’un crime violent et d’agression d’un agent fédéral à l’aide d’une arme dangereuse.
Trump a répété qu’il pense que le suspect est « un loup solitaire, un malade » et que l’attaque n’est pas liée à la guerre en Iran. « Mais on ne sait jamais. On va en savoir beaucoup plus. On a les meilleurs experts au monde qui travaillent dessus », a-t-il répondu. On dit Kash Patel, fragilisé par des révélations sur sa consommation d’alcool, sur la sellette. Il a vanté la réactivité des forces de l’ordre : « Vous avez vu ce soir le meilleur de l’Amérique. Les meilleurs s’unissent en ces temps incertains. » Il a lancé un appel à témoins, rappelant que « même les informations les plus insignifiantes sont précieuses ».
Le suspect sera mis en accusation lundi. Quant au dîner des correspondants, Trump est contrarié qu’il ait été interrompu. « Je n’aime pas laisser ces malades, ces voyous, ces personnes horribles, vraiment horribles, bouleverser nos vies », a-t-il assuré. Le dîner aura lieu à nouveau, dans les 30 jours, « plus grand, encore mieux et même plus agréable ».



