Le retour de la Hongrie à l'Eurovision, un symbole politique après la défaite d'Orban
Un sujet anecdotique en apparence ? Le concours Eurovision de la chanson, fortement traversé par des enjeux géopolitiques, voit la présence ou l'absence d'un pays revêtir une signification bien plus sérieuse qu'il n'y paraît. Dans ce contexte, au lendemain de la nette défaite du parti de Viktor Orban aux législatives hongroises, le retour de la Hongrie à l'Eurovision serait l'un des signes de la « libération » du pays annoncée dimanche par le victorieux Péter Magyar, actuel chef de l'opposition à la tête du parti Tisza.
Une absence liée à des tensions politiques et sociales
La Hongrie n'a plus participé à l'Eurovision depuis 2019. Aucune raison officielle n'a été avancée pour motiver ce retrait, mais officieusement, la dimension progressiste du concours, notamment la tribune qu'il représente pour les voix et le public de la communauté LGBT+, en serait l'explication. Comme le relatait à l'époque le Guardian, un journaliste pro-Orban avait qualifié la compétition de « flotille homosexuelle », et une source interne de la chaîne hongroise MTVA avançait que les salariés considéraient ce retrait comme dû aux liens entre l'Eurovision et la culture LGBT+.
Zoltán Kovács, le porte-parole de Viktor Orban, a démenti ces suppositions, les qualifiant de « fake news ». Cependant, depuis son arrivée au pouvoir en 2010, le Premier ministre nationaliste et son parti n'ont cessé de restreindre les droits des personnes LGBT+, avec des mesures comme la fermeture au mariage égalitaire, l'interdiction de la Marche des fiertés de Budapest, ou une loi contre la prétendue « promotion » de l'homosexualité, au nom des « valeurs chrétiennes traditionnelles ».
Péter Magyar favorable à un retour symbolique
Le retour sur la scène de l'Eurovision serait donc le reflet de la nouvelle ère que le conservateur Péter Magyar prétend incarner. Interrogé en août dernier sur ce sujet, il avait déclaré : « C'est une erreur que la Hongrie n'y participe pas et nous n'aurions pas dû nous en retirer. Je suis d'accord avec le fait que la Russie en ait été exclue, nous ne devons pas autoriser les criminels de guerre à y prendre part. » Et d'ajouter : « Si c'est du ressort du gouvernement, nous retournerons [à l'Eurovision]. »
Techniquement, comme l'Union européenne de radiotélévision qui chapeaute le concours aime à le souligner pour tenter de se tenir à l'écart des questions géopolitiques, l'Eurovision « n'est pas une compétition entre gouvernements mais entre diffuseurs ». C'est donc à la chaîne publique MTVA de prendre officiellement la décision, dans laquelle interviendra probablement une impulsion politique.
Perspectives et implications futures
Il est trop tard pour que la Hongrie rejoigne la compétition cette année – la finale se tiendra le 16 mai à Vienne (Autriche), mais elle pourrait présenter sa candidature pour l'édition 2027. Si ce retour se confirmait, il ne serait pas si anecdotique que cela, et sa chanson serait à regarder et écouter de près : elle montrerait comment le pays a choisi de se présenter sur cette scène européenne et vitrine internationale de soft power.
La première participation de la Hongrie au concours remonte à 1993. Depuis, elle y a pris part seize autres fois, obtenant son meilleur classement en 1994 avec Friderika, qui avait fini quatrième avec la chanson « Kinek mondjam el vétkeimet ? » (« A qui vais-je avouer mes péchés ? »).



