Tchernobyl : les survols militaires russes inquiètent pour la sécurité nucléaire
Survols militaires russes près de Tchernobyl inquiètent

Tchernobyl de nouveau menacé par les activités militaires russes

Près de quarante ans après la catastrophe qui a marqué l'histoire du nucléaire civil, le site de Tchernobyl se retrouve une nouvelle fois au cœur des préoccupations de sécurité. Dans des déclarations exclusives transmises à l'agence Reuters, le procureur général ukrainien, Ruslan Kravchenko, révèle des activités militaires jusqu'alors non signalées à proximité immédiate des installations nucléaires ukrainiennes.

Des trajectoires inquiétantes près des sites sensibles

Selon les informations dévoilées par le magistrat, les trajectoires empruntées par certains armements russes – notamment des drones et missiles – passent régulièrement à proximité de la centrale désaffectée de Tchernobyl, mais également au-dessus d'autres infrastructures nucléaires stratégiques du pays. L'Ukraine compte actuellement quatre centrales en activité, dont celle de Zaporijjia, la plus importante d'Europe, occupée par les forces russes depuis le début du conflit en 2022.

Mais les sites éloignés de la ligne de front ne sont pas épargnés pour autant. Tchernobyl et la centrale de Khmelnytskyï, située dans l'ouest du pays, se trouveraient ainsi sur le passage régulier de missiles hypersoniques Kinzhal. Au total, trente-cinq de ces missiles auraient été détectés à moins d'une vingtaine de kilomètres de ces installations sensibles. Dans près de la moitié des cas, ils auraient même survolé les deux sites au cours d'un même vol.

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Une stratégie délibérée d'intimidation

« Ces lancements ne peuvent s'expliquer par aucune considération militaire rationnelle », a déclaré avec fermeté Ruslan Kravchenko. « Il est évident que ces survols répétés d'installations nucléaires visent uniquement à intimider la population et à terroriser les civils, non seulement en Ukraine mais dans toute l'Europe ». Moscou, pour sa part, n'a pas réagi à ces accusations précises, maintenant son silence habituel sur ces questions sensibles.

L'inquiétude dépasse largement le cadre national ukrainien. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) confirme observer régulièrement des activités militaires autour des centrales nucléaires et alerte sur les risques majeurs que font peser ces opérations sur la sûreté nucléaire. Son directeur général, Rafael Grossi, appelle depuis plusieurs mois à éviter toute action susceptible de provoquer un incident grave, rappelant la fragilité des installations.

Des incidents préoccupants et des impacts directs

Certains épisodes récents alimentent encore davantage les craintes des experts. À trois reprises distinctes, des missiles Kinzhal se sont abattus au sol à moins de dix kilomètres de la centrale de Khmelnytskyï, sans que les raisons exactes de ces chutes soient clairement établies. Les analyses techniques n'ont révélé aucun signe d'interception par les défenses antiaériennes, laissant planer le doute sur de possibles défaillances techniques de ces armements sophistiqués.

Le missile Kinzhal, lancé depuis les airs par des avions de combat, peut emporter une charge explosive impressionnante de cinq cents kilogrammes et atteindre une vitesse vertigineuse de six mille cinq cents kilomètres par heure, parcourant plusieurs kilomètres en seulement quelques secondes. Sa précision et sa fiabilité restent cependant sujettes à caution selon les observations sur le terrain.

Tchernobyl particulièrement exposé depuis l'été 2024

Depuis l'été 2024, marqué par une intensification significative des frappes de drones russes, la zone de Tchernobyl semble particulièrement exposée et vulnérable. Les radars ukrainiens ont détecté au moins quatre-vingt-douze engins volants passant à proximité immédiate du sarcophage qui recouvre le réacteur accidenté en 1986. Un chiffre probablement sous-estimé, précise le procureur général ukrainien, certains drones de petite taille ou furtifs échappant aux systèmes de détection traditionnels.

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« Le survol délibéré et répété d'une installation nucléaire par des drones potentiellement armés constitue au minimum un acte extrêmement irresponsable », a tonné Ruslan Kravchenko. « Cela témoigne d'un mépris total pour la sécurité des populations civiles, non seulement en Ukraine mais dans l'ensemble du continent européen, qui pourrait subir les conséquences d'un nouvel accident ».

Le souvenir traumatique de 1986 toujours présent

La catastrophe de Tchernobyl en 1986 avait provoqué un nuage radioactif massif sur une grande partie de l'Europe, laissant une empreinte indélébile dans les mémoires collectives. Aujourd'hui encore, le site demeure extrêmement fragile, protégé par une arche de confinement sophistiquée destinée à contenir les radiations résiduelles. Au début de l'inasion russe, les forces militaires ont occupé le site de Tchernobyl pendant plus d'un mois, alors qu'elles tentaient d'avancer vers Kiev, avant de se retirer sous la pression internationale.

En février 2025, un engin identifié par les autorités ukrainiennes comme un drone russe de longue portée avait frappé le site de Tchernobyl, perforant partiellement l'arche de confinement. Le Kremlin avait catégoriquement nié toute implication, accusant Kiev de « provocation délibérée ». Selon une enquête approfondie du parquet ukrainien, cette attaque aurait probablement été intentionnelle. Cette conclusion repose notamment sur l'analyse de l'angle d'impact du drone, qui correspond à une phase terminale de plongée accélérée typique des drones d'attaque spécialisés.

Et selon les estimations de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, au moins cinq cents millions d'euros seront nécessaires pour restaurer complètement la structure endommagée. Sans intervention rapide et significative, une « corrosion irréversible » pourrait s'installer d'ici quatre ans, compromettant durablement l'intégrité du sarcophage.

Un corridor aérien stratégique pour les drones russes

Alors que l'Ukraine s'apprête à commémorer dimanche le quarantième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, le procureur général estime que l'armée russe utilise probablement la zone de Tchernobyl comme corridor de vol privilégié pour ses drones. Cette stratégie permettrait de contourner les zones densément couvertes par la défense antiaérienne ukrainienne, plus efficace autour des centres urbains et des infrastructures critiques.

Faiblement protégée en raison de l'étendue considérable de son territoire, l'Ukraine concentre en effet ses systèmes de défense antiaérienne autour des zones peuplées et des infrastructures essentielles, laissant des espaces plus vulnérables comme la zone d'exclusion de Tchernobyl. Cette situation crée un risque permanent pour la sécurité nucléaire régionale, alors que les survols militaires se multiplient sans perspective d'apaisement dans le conflit en cours.