Le leader nord-coréen Kim Jong-un a annoncé en début de semaine vouloir renforcer l'arsenal de son pays "à une très grande vitesse", pour faire face à une situation mondiale de plus en plus imprévisible, a rapporté l'Agence centrale de presse coréenne (KCNA) mardi 23 juin, citée par Reuters. Cette annonce intervient à la fin de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, que Pyongyang a prise comme un avertissement très sérieux envers les régimes ennemis des États-Unis.
Des accusations contre Washington et ses alliés
Kim Jong-un a dénoncé "des incidents inimaginables et étonnants" provoqués par "la cupidité mafieuse" des forces hégémoniques, rendant les confrontations mondiales plus violentes. Il a accusé les États-Unis d'aggraver les effusions de sang en Europe et au Moyen-Orient. S'exprimant lors d'un congrès du Parti des travailleurs de Corée, le leader de 42 ans a également pointé du doigt Washington et son voisin sud-coréen, les accusant de menacer la sécurité de la péninsule en investissant constamment dans leur arsenal nucléaire "avec pour seul but d'attaquer la Corée du Nord". Il a aussi critiqué le Japon, qui profiterait "de la situation actuelle" pour se libérer "de toutes les entraves qui limitent le développement de son arsenal militaire".
Des "plans plus ambitieux" pour les forces nucléaires
Face à cette menace perçue, les objectifs de la Corée du Nord sont clairs : "développer et renforcer constamment les forces nucléaires et exercer pleinement le statut d'État doté de l'arme nucléaire", comme "la manière la plus efficace de faire face avec assurance à une situation militaire et politique internationale de plus en plus complexe", a résumé l'agence KCNA. Le discours de clôture du sommet a souligné que le pays se préparait à "des plans plus ambitieux", sans toutefois détailler de feuille de route précise.
L'avertissement iranien et ses conséquences
Cette déclaration intervient quelques jours après la signature d'un accord-cadre entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, et l'ouverture d'une période de 60 jours de négociation, notamment sur la question nucléaire iranienne. L'administration Trump souhaite obtenir des garanties que Téhéran ne développera pas d'armes nucléaires, bien que les négociations soient incertaines, l'Iran ayant rejeté mardi la demande d'accès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à ses installations. Pyongyang suit ce dossier de près. En mars déjà, des analystes s'inquiétaient que les interventions américaines au Venezuela et en Iran n'envoient un signal trop fort au régime nord-coréen, le poussant à l'escalade nucléaire. Peu après le début de l'opération américaine "Epic Fury" au Moyen-Orient, la Corée du Nord avait annoncé avoir conclu des essais militaires avec un navire destroyer ultra-moderne et l'ouverture de nouvelles bases navales.
L'arsenal nucléaire nord-coréen en chiffres
Selon le dernier rapport de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), Pyongyang posséderait environ 60 ogives nucléaires et suffisamment de matières fissiles (plutonium et uranium) pour en produire au moins 30 autres. Le pays a bravé une série de sanctions imposées par les Nations Unies et les États-Unis entre 2006 et 2017, lui interdisant de développer des armes nucléaires et des missiles balistiques. Il possède plusieurs catégories de missiles : à courte portée (capables d'atteindre la Corée du Sud), à moyenne portée (pouvant atteindre le Japon ou la région), intercontinentaux (comme le Hwasong 17 et 18, théoriquement capables d'atteindre le territoire continental des États-Unis), ainsi que des missiles pouvant être tirés depuis des sous-marins nucléaires. À titre de comparaison, les arsenaux des grandes puissances nucléaires sont beaucoup plus importants : la Russie et les États-Unis possèdent plusieurs milliers d'ogives, la Chine en a 600, tandis que la France en possède 290 et le Royaume-Uni, 225. Néanmoins, on considère que la Corée du Nord dispose aujourd'hui d'un arsenal suffisamment conséquent pour constituer une capacité de dissuasion.
La quête de reconnaissance internationale
Après l'échec des négociations avec les États-Unis lors du sommet de 2019 entre Kim Jong-un et Donald Trump, la Corée du Nord s'était autoproclamée "État nucléaire irréversible", en raison de divergences sur la dénucléarisation du pays. La Corée du Nord n'a pas officiellement le statut de puissance nucléaire, conféré par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) - seuls les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU en bénéficient. Mais elle est considérée comme une puissance nucléaire de facto, et pourrait vouloir imposer une acceptation internationale de son statut. Des pays non reconnus officiellement par le TNP y sont parvenus, à l'instar de l'Inde, qui a obtenu une dérogation du Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG) et conclu des accords de coopération nucléaire civile, notamment avec les États-Unis. "La Corée du Nord réaffirme une fois de plus que les négociations sur sa dénucléarisation ne sont pas à l'ordre du jour, ajoutant qu'elle ne s'engagerait dans des négociations qu'en tant qu'État doté de l'arme nucléaire, sur un pied d'égalité", a analysé Yang Moo-jin, professeur d'études nord-coréennes à Séoul. Une stratégie visant à amener les négociations sur le terrain de la réduction d'armements, et non pas sur un démantèlement total. Mais il est peu probable que Pyongyang arrive à ses fins, au vu de sa position de paria international.



