Taiwan défie la Chine avec une visite secrète en Eswatini
Visite secrète de Taiwan en Eswatini : les coulisses

Une visite inattendue

La présence de Taïwan en Eswatini avait surpris. Invité par le petit royaume d'Afrique australe pour assister aux célébrations des 40 ans de règne du roi Mswati III, Taïwan avait subi les pressions de la Chine pour empêcher ce déplacement et isoler le territoire de la scène internationale. Alors qu'Eswatini est le seul pays africain à avoir maintenu ses liens avec Taïwan plutôt qu'avec Pékin, le président taïwanais Lai Ching-te avait d'abord été contraint d'annuler le voyage, prévu le 22 avril, après que plusieurs pays africains comme les Seychelles, Maurice et Madagascar ont interdit leur espace aérien à son avion quelques jours avant le vol. Pourtant, début mai, Lai Ching-te a annoncé : « Je suis arrivé. »

Les coulisses d'un voyage secret

Selon une enquête du New York Times, la délégation de Taïwan a dû ruser pour contourner les pressions du gouvernement chinois. La vice-première ministre d'Eswatini, Thulisile Dladla, s'était rendue à Taïwan le 2 mai pour renforcer les liens entre les deux pays. Le président Lai Ching-te est reparti secrètement avec elle à bord de l'avion royal, accompagné d'une douzaine de responsables taïwanais selon des sources présentes dans l'avion. Selon le quotidien américain, même le gouvernement du président Lai n'avait pas été mis au courant.

Des mesures de sécurité strictes

Pour éviter d'être repéré par le pouvoir chinois, les services de sécurité présidentielle ont utilisé des téléphones satellites pour rendre compte de la situation à Taipei toutes les deux heures. Ainsi, les autorités malgache et mauricienne ont autorisé l'avion à traverser leur espace aérien sans savoir que le président taïwanais était à bord. Un vol de près de 25 000 kilomètres au total, que l'Airbus A340, équipé de quatre moteurs, a pu faire sans encombre, quand les avions bimoteurs utilisés par le pouvoir taïwanais ne sont pas assez puissants.

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Un retour compliqué

En revanche, l'organisation du vol retour a été plus compliquée. Mis au courant de la présence du président Lai en Eswatini, les trois pays, sous pression de Pékin, ne l'auraient pas laissé passer une deuxième fois. L'avion a donc dû contourner leurs espaces aériens. Afin d'alléger l'avion au maximum et d'économiser du carburant pour rendre ce voyage aussi long que nécessaire, aucune valise lourde n'a été emportée, seulement des bagages à main. En revanche, le confort n'a pas été sacrifié pour le président taïwanais : les repas servis dans l'avion étaient bien ceux de la « classe affaire standard », rapporte un responsable proche du pouvoir taïwanais au New York Times.

À son retour à Taïwan, l'avion a été escorté par quatre avions militaires, afin d'éviter les menaces chinoises. Un vol finalement sans encombre qui a été rendu possible grâce au soutien d'Eswatini. Le petit pays d'Afrique australe a même organisé les célébrations royales en répétant plusieurs événements afin que Lai Ching-te assiste à ceux qu'il avait manqués, comme le feu d'artifice.

La réaction de la Chine

La Chine a peu goûté ce stratagème de la part du pouvoir taïwanais. Alors qu'elle s'était réjouie dans un premier temps quand Lai Ching-te a été contraint d'annuler son voyage, elle a finalement comparé Lai à un rat qui traversait la rue, rapporte le New York Times. Pour le ministère des Affaires étrangères chinois, cette visite inopinée est « une sortie illégale grotesque ». Un affront de la part de ce petit territoire qui réclame son indépendance vis-à-vis de la Chine.

Une position qu'il a renouvelée ce samedi alors que le président américain Donald Trump, en visite officielle en Chine, l'a mis en garde. « Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15 000 kilomètres pour faire la guerre, s'est-il targué dans un entretien télévisé enregistré. Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise "proclamons l'indépendance parce que les États-Unis nous soutiennent" ». En réaction, le ministère des Affaires étrangères taïwanais a rappelé dans un communiqué que « Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine ».

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