L'ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra a retrouvé la liberté lundi matin, après huit mois de détention, relançant les spéculations sur son influence persistante au sein de la vie politique locale. Le milliardaire de 76 ans, qui a fait fortune dans les télécommunications, avait été condamné à un an d'emprisonnement pour corruption. Il devra porter un bracelet électronique pendant sa période de probation de quatre mois.
Une sortie sous haute tension
À sa sortie, Thaksin Shinawatra a serré dans ses bras plusieurs de ses proches qui l'attendaient devant la prison, ainsi que des centaines de ses partisans vêtus de rouge, la couleur symbolisant le soutien à l'ex-Premier ministre. Certains criaient « Nous aimons Thaksin ». « J'ai hiberné pendant huit mois », a-t-il déclaré à des journalistes depuis une voiture, devant son domicile de Bangkok, se disant soulagé d'être libre.
Le soutien indéfectible de ses partisans
Janthana Chaidej, une cuisinière de 70 ans, a prédit que l'ancien dirigeant « va peut-être rester à l'écart pendant quelques mois mais il n'arrêtera pas la politique ». Pao Nakao, un agriculteur de 76 ans, a exprimé sa conviction : « Je sais qu'il ne nous quittera pas ».
Une dynastie politique dominante
La famille Shinawatra, avec son parti Pheu Thai et ses précédentes incarnations, a dominé la vie politique thaïlandaise pendant une vingtaine d'années. Soutenue par les populations rurales, elle a longtemps été l'ennemie jurée de l'élite favorable à l'armée et au pouvoir royal, qui considérait son populisme comme une menace pour l'ordre social traditionnel.
Un parcours politique mouvementé
Thaksin Shinawatra a été Premier ministre de 2001 à 2006, avant d'être renversé par un coup d'État militaire et de partir en exil pendant une quinzaine d'années. Sa sœur cadette, Yingluck Shinawatra, a été Première ministre de 2011 à 2014 avant d'être également évincée par l'armée. Sa fille, Paetongtarn Shinawatra, a été destituée en août 2025 après seulement un an à ce poste.
Un avenir politique incertain
Le Pheu Thai a enregistré en février le pire résultat électoral de son histoire lors des législatives, tombant à la troisième place, ce qui soulève des interrogations sur l'avenir de la dynastie politique. Son inclusion dans la coalition gouvernementale du Premier ministre conservateur Anutin Charnvirakul laisse toutefois ouverte la possibilité d'un retour au premier plan. La libération de Thaksin Shinawatra « renforcera le Pheu Thai à court terme car les gens auront le sentiment que son patron est de retour », analyse Wanwichit Boonprong, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Rangsit.
Les conditions de la libération
L'administration pénitentiaire avait annoncé fin avril la libération conditionnelle de l'ancien Premier ministre, justifiant cette mesure par son âge avancé et le fait qu'il lui restait moins d'un an de détention. À son retour d'exil en 2023, Thaksin Shinawatra avait été condamné à huit ans d'emprisonnement pour corruption et abus de pouvoir, peine réduite à un an par une grâce royale. Mais au lieu d'être incarcéré, il avait été transféré dans une chambre privée d'hôpital et avait bénéficié d'un programme de libération anticipée pour les prisonniers âgés. Ce transfèrement médical, coïncidant avec la formation d'un nouveau gouvernement dominé par son parti, avait nourri les soupçons de traitement de faveur. Une enquête avait été ouverte et la Cour suprême avait jugé en septembre dernier que Thaksin Shinawatra ne souffrait pas d'une affection critique et qu'il n'avait pas correctement purgé sa peine.
Quel avenir pour le Pheu Thai ?
Désormais libéré, le septuagénaire restera-t-il à l'écart de la politique ou reviendra-t-il sur le devant de la scène ? « Si Thaksin ne se met pas en retrait [...] et montre qu'il peut encore téléguider le Pheu Thai, ça ne sera pas bon pour le parti » à long terme, estime l'analyste Wanwichit Boonprong. Le neveu de Thaksin Shinawatra, Yodchanan Wongsawat, a conduit le Pheu Thai lors des dernières élections et occupe aujourd'hui un poste ministériel dans le gouvernement de coalition.



