Pas vraiment un 'intermédiaire honnête'. Le ministre d’État allemand chargé des Affaires européennes, Gunther Krichbaum, ainsi qu'une série de responsables européens, ont rejeté, lundi 11 mai, la proposition du président russe Vladimir Poutine de faire de l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder un médiateur européen, dans le conflit avec l'Ukraine. La raison principale : les liens étroits entre cet ex-responsable du SPD allemand et plusieurs entreprises russes, ainsi qu'avec le Kremlin.
Un passé compromettant
'Schröder n’a pas exactement fait tout ce qu’il fallait par le passé pour pouvoir agir en médiateur neutre, en intermédiaire honnête, pour ainsi dire', a déclaré à Bruxelles Gunther Krichbaum. 'Il est, et a certainement été, fortement influencé par Vladimir Poutine ; les amitiés étroites peuvent être légitimes partout dans le monde, mais elles n'aident pas à être perçu comme un médiateur impartial', a-t-il poursuivi.
Les critiques de Kaja Kallas
Plus tôt dans la journée, c'est la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, qui rejetait cette même suggestion que l'Europe soit représentée par Gerhard Schröder dans des futures négociations autour du conflit en Ukraine avec la Russie. Kaja Kallas a notamment rappelé les activités de lobbying exercées par l'ancien chancelier allemand pour des entreprises publiques russes. 'Il serait assis des deux côtés de la table', a-t-elle argumenté.
Les liens de Schröder avec la Russie
Aujourd'hui âgé de 82 ans, ce social-démocrate a été chancelier de l'Allemagne de 1998 à 2005. Après avoir quitté ses fonctions politiques, il est engagé par la société énergétique Gazprom, liée à l'État russe, et préside le comité des actionnaires de Nord Stream, chargé de la construction et de l'exploitation de ce gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne. Une nomination qui lui a valu des accusations de conflits d'intérêts, Gerhard Schröder ayant approuvé le tracé du gazoduc lorsqu'il était chancelier et encouragé un prêt d'un milliard d'euros concédé par les banques allemandes à Gazprom.
Des fonctions multiples
À partir de 2017, il occupe également des fonctions au sein de la direction de Rosneft, société pétrolière appartenant à l'État russe, puis au sein du conseil d'administration du groupe pétrolier TNK-BP, co-entreprise russe et britannique du secteur pétrolier. Ces activités lui ont valu de vives critiques en Allemagne et en Europe, en particulier après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, qu'il a refusé de dénoncer.
Des voix discordantes au sein du SPD
Certains, au sein du SPD, ne sont d'ailleurs pas totalement opposés à cette proposition. 'Cela doit être soigneusement pesé en étroite concertation avec nos partenaires européens et ne pas être exclu d’emblée de manière catégorique', a souligné Adis Ahmetovic, porte-parole du SPD pour les affaires étrangères au Bundestag, auprès de l’hebdomadaire Spiegel.
Le contexte des pourparlers
La proposition du président Vladimir Poutine a surgi alors que ce dernier a affirmé, samedi devant la presse, qu'il pensait que le conflit en Ukraine 'touchait à sa fin'. Interrogé sur sa volonté d'engager des pourparlers avec les Européens, il a répondu que la personnalité qu'il préférerait voir à cette table serait l'ancien chancelier allemand.
Un cessez-le-feu fragile
Vendredi, le président américain Donald Trump a annoncé une pause de trois jours dans les hostilités entre la Russie et l'Ukraine. Mais le cessez-le-feu était mis à rude épreuve ce lundi matin, les deux camps s'accusant mutuellement de violer l'accord. Les forces russes, de leur côté, poursuivent leur offensive pour s'emparer des dernières parties de la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, que Moscou exige de Kiev avant d'envisager de mettre fin à la guerre.
Les envoyés américains en route
L'envoyé américain Steve Witkoff et Jared Kushner devraient par ailleurs se rendre à Moscou 'très prochainement' pour poursuivre les discussions avec la Russie, a annoncé dimanche le conseiller du Kremlin, Yuri Ushakov. Quelques jours plus tôt, le principal négociateur de Kiev, Roustem Oumerov, avait lui aussi déclaré avoir rencontré les deux responsables américains à Miami pour des discussions sur les questions humanitaires et pour 'coordonner les prochaines étapes' vers la paix.



