Les pénuries de carburant qui frappent la Russie depuis plusieurs semaines ont des répercussions directes sur les pays d'Asie centrale, traditionnellement dépendants des exportations russes. Selon des données officielles, les livraisons de diesel et d'essence vers le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Kirghizistan ont chuté de 30 % en juin par rapport à la même période de l'année précédente.
Une crise énergétique régionale
La baisse des exportations russes est due à une combinaison de facteurs : maintenance des raffineries, augmentation de la demande intérieure et sanctions internationales limitant l'accès aux technologies. Le ministère russe de l'Énergie a reconnu que les stocks de carburant sont à leur plus bas niveau depuis cinq ans. "Nous faisons face à une situation tendue, mais nous priorisons le marché intérieur", a déclaré un porte-parole du ministère.
Pour les pays d'Asie centrale, cette réduction est brutale. Le Kazakhstan, qui importe 40 % de son carburant de Russie, a déjà enregistré des files d'attente dans les stations-service d'Almaty et de Noursoultan. "Nous n'avions pas vu cela depuis les années 1990", a confié un habitant d'Almaty à l'agence Reuters.
Des conséquences économiques immédiates
Les secteurs agricole et des transports sont les plus touchés. Au Kirghizistan, les prix du carburant ont bondi de 25 % en un mois, ce qui a entraîné une hausse des coûts de transport des marchandises. Selon la Banque mondiale, une poursuite de la pénurie pourrait réduire la croissance économique de la région de 0,5 point de pourcentage cette année.
Les gouvernements locaux tentent de diversifier leurs sources d'approvisionnement. Le Kazakhstan a annoncé des négociations avec l'Azerbaïdjan et la Chine pour importer du carburant, mais ces alternatives sont plus coûteuses et logistiquement complexes. "Nous explorons toutes les options, mais la Russie reste notre fournisseur le plus compétitif", a indiqué le ministre kazakh de l'Énergie.
Un enjeu de sécurité nationale
La dépendance énergétique de l'Asie centrale envers la Russie est un héritage soviétique. Aujourd'hui, elle devient une vulnérabilité stratégique. Des experts estiment que Moscou utilise ces pénuries comme levier politique, bien que le Kremlin démente. "C'est une pression implicite sur les pays qui s'éloignent de l'orbite russe", analyse un chercheur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne.
La situation pourrait s'aggraver à l'approche de l'hiver, quand la demande de carburant pour le chauffage augmente. L'Organisation de coopération de Shanghai a appelé à une coordination régionale pour éviter une crise humanitaire. En attendant, les populations d'Asie centrale subissent les conséquences d'une crise née à des milliers de kilomètres.



