Le Pakistan, médiateur inattendu dans la crise Iran-États-Unis au Moyen-Orient
Pakistan, médiateur inattendu dans la crise Iran-États-Unis

Le Pakistan, un acteur clé dans la désescalade entre l'Iran et les États-Unis

C’est un peu l’invité surprise du conflit au Moyen-Orient, et pourtant, le Pakistan pourrait jouer un rôle déterminant dans la désescalade entre l'Iran et les États-Unis. Un rôle habituellement dévolu au Qatar dans cette région, mais Doha a passé son chemin cette fois-ci. Cette défection profite donc au Pakistan, qui s'est positionné comme intermédiaire entre Washington et Téhéran, multipliant les échanges avec les responsables des deux pays.

« Le Pakistan est prêt et honoré d'accueillir et de faciliter des pourparlers constructifs et définitifs en vue d'un règlement global du conflit en cours », a déclaré sur X le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif. Car Islamabad dispose de plusieurs atouts dans sa manche… et des intérêts propres à défendre.

De bonnes relations avec l'Iran

Les liens entre le Pakistan et l'Iran sont anciens et forts. Téhéran a été le premier à reconnaître le Pakistan après son indépendance en 1947, et Islamabad a rendu la pareille à la République islamique en 1979 après la révolution. Les deux pays ont également coopéré contre l'URSS pendant l'occupation soviétique de l'Afghanistan. Aujourd'hui encore, la diplomatie pakistanaise représente les intérêts iraniens à Washington en l'absence d'ambassade propre pour l'Iran.

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Même si les relations ne sont plus aussi resserrées que par le passé, les deux pays conservent des intérêts communs. D'abord une frontière commune de 900 kilomètres. Mais surtout, le Pakistan abrite l'une des plus importantes communautés chiites hors d'Iran, près de 40 millions de personnes, soit environ 20 % de sa population, qui ont exprimé leur soutien à l'Iran dès le début de l'attaque israélo-américaine. « L'opinion publique pakistanaise est très largement pro-iranienne », a confirmé Maleeha Lodhi, ancienne ambassadrice du Pakistan aux États-Unis, à la BBC.

Et des liens solides avec les États-Unis

Ami avec Téhéran, donc, et avec Washington. « Le Pakistan est le seul pays de la région à entretenir de bonnes relations à la fois avec l'Iran et les États-Unis », confirmait il y a peu l'ancien ambassadeur du pays à Téhéran, Asif Durrani, à l'AFP. Le chef de l'armée pakistanaise, particulièrement puissante dans le pays, le maréchal Asim Munir, a noué une relation personnelle avec Donald Trump.

Il était du voyage à Washington de Shehbaz Sharif, le Premier ministre pakistanais, l'an dernier après les hostilités avec l'Inde, et il avait publiquement défendu la candidature au prix Nobel de la paix du président américain. Une flatterie qui aurait fortement plu à l'intéressé.

Le « Pays des purs », signification du mot Pakistan, bénéficie également d'un réseau de relations privilégiées avec plusieurs puissances. En 2025, Islamabad a signé un accord stratégique de défense mutuelle avec l'Arabie saoudite, par exemple. Le mois dernier encore, le ministre des Affaires étrangères, Ishaq Dar, accueillait une réunion avec ses homologues d'Arabie saoudite, de Turquie et d'Égypte pour discuter de la désescalade du conflit avant de s'envoler vers Pékin, avec qui les pourparlers sont également réguliers.

Des intérêts économiques et stratégiques à défendre

Mais si le cinquième pays le plus peuplé du monde, avec plus de 250 millions d'habitants, s'investit autant dans le conflit, c'est aussi parce qu'il y trouve ses intérêts. Le Pakistan est fortement dépendant du pétrole importé, dont une grande partie transite par le détroit d'Ormuz. En mars, le gouvernement a dû augmenter de 20 % le prix des carburants et prendre des mesures pour limiter les effets sur son économie, comme une semaine de quatre jours pour les fonctionnaires.

De plus, le pacte signé avec l'Arabie saoudite pourrait entraîner le pays indirectement dans le conflit si Riyad était attaqué, alors que le Pakistan est déjà en guerre avec l'Afghanistan et échangeait l'an dernier des frappes avec l'Inde. En s'impliquant de cette manière, le Pakistan profite donc d'une certaine visibilité qui pourrait, à terme, lui faire prendre du galon sur la scène internationale, renforçant sa position diplomatique et sécuritaire dans une région instable.

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