Le Pakistan, médiateur incontournable dans les pourparlers de paix au Moyen-Orient
Le Pakistan s'est imposé comme un intermédiaire essentiel entre l'Iran et les États-Unis, réussissant à sécuriser un cessez-le-feu temporaire et accueillant dès ce vendredi des négociations cruciales visant à mettre un terme définitif à la guerre au Moyen-Orient. Cette médiation représente l'un des succès diplomatiques les plus significatifs pour Islamabad depuis des années.
Pourquoi le Pakistan a-t-il été choisi comme lieu des négociations ?
Le Pakistan possède des atouts uniques qui en font le médiateur idéal. « C'est le seul pays de la région à entretenir de bonnes relations à la fois avec les États-Unis et l'Iran », explique Asif Durrani, ancien ambassadeur pakistanais à Téhéran. Contrairement à plusieurs nations du Golfe, le Pakistan n'abrite aucune base militaire américaine et n'a jamais été la cible d'attaques iraniennes par missiles ou drones.
L'expert ajoute que le Pakistan pourrait aider les deux parties à :
- Régler les différends en suspens
- « Peaufiner le langage en cas d'impasse »
- Servir d'intermédiaire si les parties refusent un face-à-face direct
Des relations historiques profondes avec l'Iran
Le Pakistan partage avec l'Iran 900 kilomètres de frontière, ce qui a permis de tisser des liens historiques, culturels et religieux profonds. Téhéran a été le premier État à reconnaître le Pakistan après son indépendance en 1947, et Islamabad a rendu la pareille après la révolution iranienne de 1979.
Leur coopération inclut :
- La lutte commune contre Moscou pendant l'occupation soviétique de l'Afghanistan
- Des préoccupations partagées concernant les groupes armés transfrontaliers au Baloutchistan
- La représentation des intérêts diplomatiques iraniens à Washington, où Téhéran ne dispose pas d'ambassade
Le Pakistan abrite également la deuxième plus grande population musulmane chiite au monde, renforçant ainsi ses affinités religieuses avec l'Iran.
Une relation privilégiée avec l'administration Trump
Le maréchal Asim Munir, chef de l'armée pakistanaise, a développé une relation personnelle étroite avec le président américain Donald Trump, qui le qualifie de « mon maréchal préféré ». Cette relation a été consolidée lors de la visite à Washington du Premier ministre Shehbaz Sharif et du général Munir l'an dernier, après les tensions avec l'Inde.
Donald Trump a déclaré en juin dernier que le Pakistan connaissait l'Iran « mieux que la plupart », marquant un revirement spectaculaire pour un pays qu'il avait autrefois qualifié de nation de « mensonges et de tromperies ».
Des alliances stratégiques décisives
Le Pakistan entretient des relations cruciales avec plusieurs acteurs régionaux et mondiaux :
Avec l'Arabie saoudite : Les deux pays ont signé en 2025 un accord stratégique de défense mutuelle, bien qu'Islamabad doive ménager ses relations avec Riyad tout en soutenant Téhéran.
Avec la Chine : Pékin, premier partenaire commercial de l'Iran, a contribué à convaincre Téhéran de participer aux négociations. La Chine soutient explicitement « le rôle unique et important du Pakistan dans l'apaisement de la situation ».
Les enjeux économiques et stratégiques pour le Pakistan
La neutralité du Pakistan est économiquement vitale, car le pays dépend des importations d'hydrocarbures transitant par le détroit d'Ormuz. Une prolongation des perturbations aurait :
- Aggravé l'approvisionnement en carburant
- Fait grimper les prix
- Contraint le gouvernement à imposer de nouvelles mesures d'austérité
Une résolution durable du conflit renforcerait non seulement la stabilité régionale, mais aussi la stature internationale du Pakistan, à un moment où le pays est engagé dans un conflit avec l'Afghanistan voisin et doit gérer ses relations tendues avec l'Inde.
Les négociations à Islamabad, conduites par le vice-président américain J.D. Vance et le président du parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf, pourraient ainsi marquer un tournant décisif dans la recherche de la paix au Moyen-Orient.



