La situation dans le détroit d'Ormuz est très loin d'être réglée. Alors que l'Iran et les États-Unis imposent mutuellement un blocus dans cette voie maritime stratégique, le blocage pourrait encore durer plusieurs mois après le conflit. Selon un haut responsable du Pentagone, le nettoyage des mines déployées par l'armée iranienne dans le détroit devrait prendre au moins six mois, affirme le Washington Post. L'information a été communiquée au Congrès lors d'un briefing classifié entre le ministère de la Défense et les membres du comité des services armés des deux chambres des États-Unis.
Le déminage du détroit ne pouvant pas commencer avant la fin des hostilités, le retour à la normale du trafic ne devrait pas arriver avant la fin de l'année au plus tôt. Cette nouvelle n'a pas plu aux représentants du Congrès, alors que l'économie américaine subit les premiers effets de la guerre en Iran. En moins de deux mois de conflit, le coût du baril de pétrole a augmenté de plus de 1 dollar, variant au gré des négociations entre les deux pays et des bombardements en Iran. Selon le secrétaire au Trésor Scott Bessent, le retour du prix du baril sous la barre symbolique des 30 dollars pourrait intervenir fin septembre.
À la recherche des mines perdues
La fuite de cette information classifiée n'arrange pas les affaires du Pentagone, qui n'a pas tardé à s'en prendre au média américain. "En décidant de publier ces fausses affirmations, le Washington Post a clairement indiqué qu'il se souciait davantage de promouvoir un agenda politique que de dire la vérité", a-t-il estimé dans un communiqué. Alors que le Pentagone a refusé de répondre aux questions du quotidien américain, tout comme le commandement central, la Maison-Blanche a renvoyé les questions au département de la Défense.
D'autant que les États-Unis sont eux-mêmes gênés par cette situation. Malgré les menaces américaines et les efforts du Pentagone pour cibler les navires iraniens qui pourraient placer des mines, l'Iran aurait placé une vingtaine de bombes dans le détroit à l'aide de technologies GPS ou de petits bateaux, selon trois responsables américains anonymes. Une information que nie le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Majid Takht-Ravanchi. Alors que le New York Times rapportait au début du mois que les Iraniens étaient incapables de trouver toutes les mines placées, les Américains peinent aussi à les détecter selon le Washington Post. Cette information contrecarre les tentatives de Donald Trump de calmer le marché, comme lorsqu'il a déclaré sur son réseau Truth Social que "l'Iran, avec l'aide des États-Unis, a retiré, ou enlève, toutes les mines maritimes".
"Totalement inacceptable"
Fin mars, CNN révélait qu'une évaluation interne de la Defense Intelligence Agency (DIA) estimait que le détroit d'Ormuz pourrait rester fermé pendant un à six mois. Face à l'hypothèse des six mois, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, avait alors estimé que la DIA était "l'une des nombreuses agences de renseignement du Pentagone qui se prépare à toutes les éventualités les plus pessimistes". Selon lui, cette hypothèse est "plausible" mais "totalement inacceptable pour le secrétaire à la Guerre". Pour le moment, aucun plan pour le déminage n'a été annoncé mais plusieurs possibilités sont à l'étude, comme le recours à des hélicoptères, des drones ou des plongeurs.
Malgré la menace des mines dans le détroit, plusieurs bateaux ont pu traverser le passage depuis le début du conflit, avant la mise en place du blocus américain. Le 9 avril, l'Iran a annoncé que les navires autorisés à traverser devaient emprunter deux routes alternatives, proches des côtes iraniennes, au niveau de l'île de Larak, pour éviter les mines installées. Depuis quelques jours, le détroit est à nouveau bloqué alors que plusieurs navires ont été visés par des tirs iraniens. Mercredi, les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir saisi deux bateaux tentant de passer. De quoi refroidir les velléités de traverser des autres armateurs, alors que les deux pays maintiennent leur blocus.



