Une attaque coordonnée à travers le pays
Le samedi 25 avril, à l'aube, avant même la prière du Fajr, une vaste offensive militaire menée par les djihadistes du JNIM (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaeda) et les Touaregs du FLA (Front de libération de l'Azawad) a frappé les Forces armées maliennes et les symboles du pouvoir dans au moins six villes. Le coup de force s'est propagé du nord au sud, de Kidal à Bamako en passant par Gao et Sévaré. Les images des pick-up et des motos des djihadistes brisant les check-points censés protéger la capitale sont un séisme pour la région. Si les événements sont encore en cours, un porte-parole de l'armée malienne a déclaré que « nos forces de sécurité et de défense sont actuellement engagées à anéantir les assaillants », mais cette attaque constitue une nouvelle étape de déstabilisation du pays et de la région.
La montée en puissance des djihadistes
Depuis décembre, on craignait une entrée des djihadistes dans Bamako. La voici, même s'il n'y a aucune certitude, ce dimanche, quant à sa pérennité. La ville, située au sud du pays, se voulait une forteresse. Le régime militaire, incarné par Ibrahim Goïta, auteur d'un putsch le 24 mai 2021, aura échoué sur toutes les lignes : militaires, géopolitiques, morales. Goïta s'est autoproclamé « président de la transition et de la république du Mali ». Sous sa houlette, le pays a rompu avec l'Occident, la France en particulier, pour se tourner vers le Kremlin, dont il rémunère chaque mois les soldats censés protéger son pouvoir.
Les événements rappellent la situation de 2012-2013, lorsque les autonomistes touaregs réclamant le Nord Mali et les salafistes d'Ansar Dine s'étaient alliés pour prendre le pouvoir, avant que l'intervention française, à la demande du président Issoufou, n'y mette provisoirement un terme. Treize ans plus tard, les indépendantistes du FLA ont fait cause commune avec le JNIM. Samedi, dans la ville de Kidal, tout au nord, le FLA a hissé son drapeau en lieu et place de celui du Mali. Le FLA regroupe quatre mouvements indépendantistes ou autonomistes touaregs revendiquant la propriété du Nord Mali, cette zone quasi désertique de l'Azawad, entre Sahara et Sahel, avec leur bastion Kidal, près de la frontière algérienne.
Difficile de trouver des points idéologiques communs entre les deux groupes : une ambition identitaire et territoriale pour les uns, une exigence islamiste pour les autres. La conjonction des ressentiments est le moteur de cette association temporaire. La précédente avait volé en éclats en quelques mois.
Implications régionales
Ce qui se passe au Mali ne reste pas au Mali. Cela concerne les voisins du Sahel et du Maghreb. Le risque de l'implantation d'un califat qui ne dirait pas son nom dans un pays à la superficie vaste comme deux fois la France est identifié et surveillé de près depuis des années. Pour le Maghreb, deux de ses cinq membres sont sérieusement concernés. L'Algérie partage plus de mille trois cents kilomètres de frontière avec le Mali, tandis que la Mauritanie en compte deux mille deux cents kilomètres. Ces attaques concrétisent la menace.
Si les djihadistes ont toujours expliqué que leur but était d'instaurer la charia dans la région, ils ont également précisé que pour l'heure leur action n'avait pas de visée internationale. Ce serait donc un scénario à la syrienne, avec loi islamique et vie politique « ouverte », une société civile sous islam rigoriste et des institutions politiques plus classiques. Bamako étant à couteaux tirés avec Alger, cela n'augure pas d'un avenir radieux pour la junte malienne, tant le rôle de la puissance régionale est majeur sur ces dossiers.
Le risque d'un Mali dirigé par les djihadistes se rapproche d'une Afrique du Nord à peine remise du phénomène. La guerre civile en Algérie a tué près de deux cent mille Algériens à la fin du XXe siècle, tandis que la Tunisie subissait une vague d'attentats terroristes sanglants en 2015 et 2016 (Bardo, Sousse, Tunis). Si le feu est éteint, les braises ne demandent qu'à être rallumées par les pyromanes intégristes.



