Merz évoque une possible cession de territoires ukrainiens pour la paix
Merz suggère de céder des territoires ukrainiens à la Russie

Friedrich Merz n’a pas choisi une grande scène internationale pour briser un tabou en exposant la façon dont il conçoit l’avenir de l’Ukraine. Le chancelier allemand a plutôt opté pour un échange avec les élèves d’un lycée de la petite ville de Marsberg, dans le Sauerland, la région rurale dont il est originaire, pour dire tout haut ce que beaucoup au sein de son parti, la CDU, n’osent pas encore formuler clairement tant le consensus est fort autour de l’aide à l’Ukraine en Allemagne.

Il a laissé entendre que pour obtenir la paix et mettre fin à cet interminable conflit, il faudrait peut-être envisager de céder certaines parties du territoire ukrainien à la Russie. En compensation de cette perte de territoire, il a fait miroiter à l’Ukraine son adhésion à l’Union européenne. Cette adhésion, s’est-il toutefois empressé de préciser pour ne pas faire naître des espoirs irréalistes, ne pourra se faire rapidement à l’horizon 2027 ou 2028. Au président Volodymyr Zelensky de convaincre les Ukrainiens de son intérêt et d’organiser, si nécessaire, un référendum sur la question, a-t-il suggéré.

Pragmatisme ou lâchage de l’Ukraine ?

Avec le récent changement de régime à Budapest et le départ du Premier ministre hongrois Viktor Orban qui bloquait le processus, l’Ukraine espère que la voie est désormais libre pour une adhésion rapide. Dans ce contexte, la sortie de Friedrich Merz a fait l’effet d’une bombe à Kiev. À Bruxelles aussi. N’est-il pas malvenu d’évoquer un tel scénario alors que l’UE vient de valider 90 milliards d’euros d’aide à Kiev et que les 27 se sont toujours catégoriquement opposés à toute concession territoriale ?

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le chancelier serait-il en train de lâcher sournoisement Volodymyr Zelensky alors que l’Allemagne est, depuis le début de la guerre, le principal bailleur de fonds et fournisseur d’armes de Kiev, qui se trouve à seulement une heure et demie de vol de Berlin ? Évoquer explicitement les pertes territoriales de l’Ukraine, n’est-ce pas renforcer la position russe et ouvrir la voie à d’autres visées expansionnistes de Vladimir Poutine ?

Au sein du Parti chrétien-démocrate de Friedrich Merz, de nombreux députés donnent raison au chancelier. Il faut oser évoquer cette solution pour mettre fin à la guerre, estiment en substance ces derniers. Les populistes de l’AFD abondent, puisqu’ils ont toujours été proches de Moscou.

Mais pour les sociaux-démocrates et les Verts un tel compromis serait inacceptable. Friedrich Merz, réputé pour ses propos non contrôlés, aurait-il encore parlé trop librement sans concerter ses partenaires européens et ses alliés sociaux-démocrates au sein de la coalition noire-rouge (CDU-SPD) qu’il pilote à Berlin ?

Un système d’accueil très généreux

Quoi qu’il en soit, le chancelier fédéral a choisi d’évoquer sa vision de sortie de crise au moment où un vaste débat sur les finances publiques secoue son pays. Les dépenses sociales et celles liées à la santé ont explosé ces dernières années. Si une grande majorité des Allemands ne remettent pas en question la politique d’accueil mise en place en 2022 pour les réfugiés ukrainiens, ils sont de plus en plus nombreux à trouver le temps long et le coût élevé.

Depuis février 2022 près de 1,2 million d’Ukrainiens – des femmes et des enfants pour la plupart –, ont trouvé refuge en Allemagne. C’est dix fois plus qu’en France. Le pays accueille près de 28 % de tous les réfugiés ukrainiens dans l’Union européenne. Ces derniers bénéficient du statut de « protection temporaire » mis en place par l’UE et d’une aide particulièrement généreuse. Ils ont accès aux soins de santé, aux prestations sociales minimales (plus élevées qu’en France) s’ils ne travaillent pas et aux allocations familiales s’ils ont des enfants.

Leur logement, leur facture de chauffage et d’électricité sont pris en charge. Les enfants ukrainiens sont automatiquement admis dans les écoles allemandes. Pour les adultes une formation est garantie. Or ce qui devait être une mesure provisoire ne semble pas vouloir s’arrêter. Ce statut a été prolongé jusqu’en mars 2027.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Face à la générosité de ce système de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer un durcissement de la politique d’accueil et en particulier une diminution de ces aides jugées trop élevées. Les communes débordées se plaignent en outre de ne plus avoir les capacités d’accueillir tous les réfugiés : les écoles sont pleines, les salles d’attente des médecins souvent surpeuplées. Pour le gouvernement de Friedrich Merz, qui a du mal à manœuvrer dans cette Allemagne en crise, la fin de la guerre en Ukraine serait une délivrance.