Au Liban, à l'intérieur de la ligne jaune : la vie sous occupation israélienne à Kfar Chouba
Kfar Chouba : la vie sous occupation israélienne

À Kfar Chouba, village du sud du Liban perché sur les contreforts du mont Hermon, la vie s'écoule au rythme des patrouilles israéliennes. Depuis le retrait unilatéral de l'armée israélienne en 2000, ce secteur reste sous contrôle de facto de Tsahal, qui y a tracé une « ligne jaune » infranchissable. Les habitants, pris en tenaille entre cette frontière invisible et la présence du Hezbollah, vivent dans un isolement quasi total.

Un village coupé du monde

Pour accéder à Kfar Chouba, il faut emprunter une route sinueuse, bordée de champs de mines et de barbelés. Au moindre mouvement suspect, les soldats israéliens postés sur les collines voisines ouvrent le feu. « Nous sommes prisonniers chez nous », confie Oum Ali, une agricultrice de 65 ans. Ses terres, situées au-delà de la ligne jaune, sont inaccessibles depuis des années. Comme elle, de nombreux villageois ont dû abandonner leurs oliveraies et leurs vergers.

L'économie locale en berne

L'activité économique est réduite à sa plus simple expression. Le marché de Kfar Chouba, autrefois animé, n'est plus qu'un souvenir. Les jeunes, sans perspective, tentent de fuir vers Beyrouth ou l'étranger. « Il n'y a pas de travail, pas d'école digne de ce nom, rien », se désole Hassan, 28 ans, qui survit grâce à de petits boulots. La présence constante de l'armée israélienne dissuade les investisseurs et les ONG.

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La peur au quotidien

Chaque nuit, les projecteurs israéliens balaient le village. Les drones bourdonnent sans interruption. « On ne dort plus », témoigne Fatima, une mère de trois enfants. « Mes petits ont peur du bruit. Ils croient que c'est la guerre. » Les incidents sont fréquents : tirs de sommation, arrestations arbitraires, humiliations aux checkpoints improvisés. Le 12 mai dernier, un berger a été blessé par balle alors qu'il s'était trop approché de la ligne.

La résistance silencieuse

Malgré tout, les habitants de Kfar Chouba refusent de plier. Ils organisent des marches pacifiques, soutenus par des militants libanais et internationaux. « Nous resterons ici, quoi qu'il arrive », affirme le maire, Ali Jaber. « Cette terre est la nôtre. Nous ne partirons pas. » Le Hezbollah, bien que présent dans la région, évite d'y déployer des combattants pour ne pas provoquer d'escalade. La résistance se fait surtout par la présence civile.

Un avenir incertain

La communauté internationale, absorbée par d'autres crises, semble avoir oublié Kfar Chouba. Les résolutions de l'ONU, notamment la 1701, restent lettre morte. « Nous sommes les oubliés du conflit », soupire Oum Ali. Pourtant, les villageois espèrent qu'un jour, la ligne jaune disparaîtra et que la vie pourra reprendre son cours normal. En attendant, ils s'accrochent à leur terre, symbole de leur identité et de leur dignité.

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