À Vigevano, une ville de 62 000 habitants du nord de l'Italie, la Ligue, le parti d'extrême droite, a été éliminée dès le premier tour des élections municipales après avoir fait polémique en présentant deux candidats musulmans sur sa liste. Cette situation illustre les divergences croissantes au sein de la coalition conservatrice au pouvoir sur la question de l'immigration.
Un contexte de désindustrialisation et de diversité
Entourée d'anciennes usines et de rizières, à une heure de Milan, Vigevano compte 62 000 habitants, dont 15 % de personnes nées à l'étranger, auxquels s'ajoutent de nombreux Italiens naturalisés et immigrés de deuxième génération. Ancien bastion communiste, cette ville industrielle s'est enrichie grâce à la fabrication de chaussures avant de souffrir de la désindustrialisation. La Ligue y régnait depuis 16 ans et avait été élue dès le premier tour en 2020, jusqu'à ce que son maire soit suspendu pour soupçons de corruption fin 2024.
La défaite de la Ligue
Lundi soir, la Ligue affichait une cuisante défaite : avec 21,45 % des voix pour sa coalition au premier tour, elle se retrouve en troisième position et exclue du second tour, selon le ministère italien de l'Intérieur. Les partis de gauche, unis aux élections, sont arrivés premiers avec 34,31 % des voix.
Deux candidats musulmans au cœur de la polémique
Le candidat de la Ligue aux municipales, le bijoutier Riccardo Ghia, avait fait les gros titres fin avril en nommant sur sa liste deux candidats musulmans. Vendredi, dernier jour de campagne, il assurait sur la place ducale de Vigevano que « celui qui respecte les règles est un citoyen avec tous ses droits », malgré le discours anti-immigration de son parti.
Les électeurs de la Ligue, habitués aux discours anti-migrants et anti-islam, ont mal réagi à l'annonce de la candidature d'Ibrahim Hussein, porte-parole de la mosquée. Présentant sa candidature « au nom d'Allah » sur Facebook, il affirme avoir choisi la Ligue comme « un véritable exemple d'intégration ». L'autre candidate, l'italo-égyptienne Hagar Haggag, 20 ans, a reçu une avalanche d'insultes et de menaces depuis l'annonce de sa candidature, en partie parce qu'elle porte le voile. Encouragée par la Ligue, elle déclare n'avoir « jamais ressenti de racisme » et souhaite « casser le cliché femme musulmane - ignorante - de gauche ».
Les divisions au sein de la droite
La direction nationale de la Ligue avait pris ses distances avec la liste locale, qui a cependant gardé le soutien du parti de la Première ministre Giorgia Meloni. Exclu du second tour, Riccardo Ghia devra négocier des postes au conseil municipal avec une liste citoyenne soutenue par Forza Italia, arrivée deuxième avec 24,38 % des voix. Ces divisions ont profité à Roberto Vannacci, ex-général ayant quitté la Ligue pour fonder Futuro Nazionale, un parti plus à droite. Le 17 mai, il était sur la place ducale pour dérouler son discours anti-immigrés. Le candidat local de Futuro Nazionale, l'avocat Furio Suvilla, a axé son programme sur la sécurité, proposant l'intervention de l'armée et la fermeture du lieu de culte musulman. Il a réalisé 14,21 % des voix, l'un des meilleurs scores du parti en Italie.
Vers des élections nationales
L'Italie se prépare à des élections nationales l'an prochain dans un pays qui devient multiethnique et où le poids politique des immigrés de deuxième génération va croissant. Les candidats d'origine étrangère restent toutefois rares, l'immigration étant plus récente qu'en France ou en Allemagne, souligne le sociologue Maurizio Ambrosini. Plusieurs partis de droite cherchent « à attirer quelques candidats d'origine immigrée pour brouiller les cartes », ajoute-t-il, en notant que « beaucoup d'immigrés naturalisés se passionnent pour la droite », à l'image du vote hispanique pour Donald Trump aux États-Unis.



