Guerre au Moyen-Orient : divergences entre Iran, États-Unis et Israël
Guerre au Moyen-Orient : divergences Iran-États-Unis-Israël

Alors que les tractations se poursuivent pour tenter de mettre fin au conflit au Moyen-Orient, les objectifs divergents des trois puissances, notamment sur le nucléaire et le détroit d'Ormuz, freinent la perspective d'un accord imminent. Engagés dans des discussions visant à mettre un terme à la guerre, après des semaines d'enlisement, l'Iran et les États-Unis poursuivent des objectifs différents.

Des enjeux contrastés

« Pour l'Iran, l'enjeu est existentiel, pour les États-Unis il est de court terme », estime Ali Vaez, de l'International Crisis Group. Les deux parties ont fait état de progrès dans les négociations, mais écarté la perspective d'un accord imminent, tandis qu'Israël, allié de Washington, s'est toujours opposé à toute entente avec Téhéran.

L'enjeu pour l'Iran

Paralysé par des décennies de sanctions américaines, l'Iran souffre d'une économie exsangue, ce qui avait déclenché des manifestations de masse contre le gouvernement quelques semaines avant la guerre, étouffées par une répression brutale qui a fait des milliers de morts. Le pays a aujourd'hui besoin « d'une injection de centaines de milliards de dollars pour pouvoir se remettre sur pied », analyse Ali Vaez. Mais cet argent ne sera pas disponible tant qu'il n'aura pas réglé « ses problèmes avec le monde extérieur de manière fondamentale. C'est une chose de survivre à une guerre chaude, c'en est une autre de geler dans une paix froide ».

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La priorité du pouvoir iranien reste la survie, souligne-t-il, ce qui suppose « de reconstituer sa puissance militaire et de reconstruire le pays afin, en substance, de pouvoir maintenir une poigne de fer sur le pouvoir à l'intérieur ». « Il ne fait aucun doute que sans reconstruction, son avenir serait en jeu », ajoute l'analyste.

Selon l'agence de presse iranienne Tasnim, l'Iran a exclu un accord si une partie de ses avoirs bloqués par les sanctions n'est pas débloquée dès la première étape, et réclame un mécanisme clair pour garantir la libération des autres fonds gelés. « Moins les États-Unis donneront à l'Iran accès à ses avoirs gelés, plus l'Iran insistera pour utiliser le contrôle du détroit » d'Ormuz « afin de générer des revenus ». Ce passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures est quasi bloqué depuis le début de la guerre, ce qui a fait grimper les prix de l'énergie et alimente l'inflation dans le monde entier.

La donne américaine

Pour Mairav Zonszein, analyste principale d'Israël à l'International Crisis Group, Donald Trump est entré en guerre en pensant qu'elle « serait rapide et plus réussie qu'elle ne l'a été ». Donald Trump a constamment exigé que l'Iran renonce à son programme nucléaire, sans y parvenir jusque-là malgré la guerre et plusieurs cycles de négociations.

Des désaccords majeurs subsistent, et la question nucléaire sera probablement renvoyée à un stade ultérieur. Traiter d'autres questions, comme celle du détroit d'Ormuz, paraît plus logique que de « s'enliser sur la question nucléaire », estime Ali Vaez. À court terme, la priorité du président américain pourrait être de mettre fin à la guerre « parce qu'il doit faire baisser les prix mondiaux de l'énergie et les prix à la pompe aux États-Unis », estime-t-il.

Pour lui, Donald Trump doit également « se concentrer sur les élections de mi-mandat et les chances des Républicains de conserver le contrôle des deux chambres du Congrès ». « Il a tout intérêt à donner l'image d'un gagnant », relève Mairav Zonszein.

Et Israël ?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé dimanche être convenu avec Donald Trump que tout accord final avec l'Iran devait « éliminer entièrement la menace nucléaire ». Pour Mairav Zonszein, les deux dirigeants « se sont lancés dans cette guerre en pariant qu'elle jouerait en leur faveur », ce qui n'est « clairement pas le cas ».

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Depuis lors, la rhétorique israélienne soutient qu'il « suffit de maintenir la force militaire, la menace militaire, la pression économique, et cela finira par donner des résultats », estime-t-elle. Israël avait déjà tenté d'empêcher l'administration de Barack Obama de conclure l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015. S'il avait échoué, Israël a campé sur cette position. Selon Ali Vaez, « il n'existe aucun accord qui satisferait Israël ».

« Je pense qu'Israël persistera dans son opposition à tout accord avec l'Iran, même si un accord-cadre est finalisé », juge-t-il, soulignant que la question libanaise peut « empoisonner » les négociations. Téhéran réclame l'inclusion du Liban dans tout accord, alors qu'Israël invoque la légitime défense face au Hezbollah pro-iranien pour continuer de frapper le pays voisin malgré un cessez-le-feu parrainé par les États-Unis. L'insistance iranienne fournit à « Israël un instrument pour faire échouer un accord », même si ce n'est pas dans l'immédiat, avertit M. Vaez.