À l'instar de la guerre en Ukraine, les combats au Moyen-Orient tournent de plus en plus autour des drones. Si Israël a pu bénéficier d'un avantage technologique jusque-là pour brouiller les appareils du Hezbollah, la milice chiite semble avoir trouvé la manière de contourner les défenses aériennes. Ces dernières semaines, le Hezbollah a utilisé à plusieurs reprises des drones kamikazes FPV ("First Person View", "vue à la première personne" en français) pour s'attaquer aux troupes israéliennes au Sud-Liban. Ces drones permettent au pilote de voir la scène en direct par la caméra du drone, sans s'exposer au risque. Peu chers et légers, ils sont plus précis que des missiles.
Une nouvelle technologie de guidage
Si les modèles utilisés jusqu'à présent pouvaient voir leur signal brouillé par l'armée israélienne, les nouvelles versions sont désormais guidées par une longue fibre optique reliant le quadricoptère à un opérateur au sol. Ainsi, ils sont quasiment indétectables par les systèmes antiaériens, qui ne peuvent pas les détourner. Le câble, assez fin et léger pour être presque invisible à l'œil nu, peut s'étirer jusqu'à 15 kilomètres selon une source militaire israélienne citée par CNN.
Des défenses inefficaces
"Il n'y a pas grand-chose à faire", estime une source militaire israélienne citée par CNN. "Au-delà des barrières physiques comme les filets, c'est un système low-tech adapté à la guerre asymétrique." Le chef du Hezbollah, Naim Qassem, s'est vanté : "Vos drones étouffent l'entité occupante et terrifient les tyrans de la terre." Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a "ordonné la mise en place d'un projet spécial pour contrecarrer la menace des drones", a-t-il affirmé le 3 mai.
Production locale et faible coût
L'utilisation de drones par le Hezbollah est connue depuis la guerre civile en Syrie en 2011, mais elle s'est généralisée ces dernières années. Le groupe développe aujourd'hui sa capacité à produire lui-même cette technologie, craignant les difficultés d'approvisionnement provoquées par la chute du dictateur syrien Bachar al-Assad. Selon le Washington Post, ces drones sont fabriqués avec de l'électronique facile d'accès et des structures en impression 3D. Leur coût de fabrication ne dépasse pas les 400 dollars, soit moins de 350 euros.
Israël riposte
Face à l'utilisation généralisée de ces drones, Israël a décidé de s'y mettre également. L'armée israélienne a établi une usine pour produire ses propres "drones kamikazes", a affirmé la radio militaire Galatz, mardi. Selon le Washington Post, des responsables militaires affirment que, dans deux mois, des milliers de drones pourront être produits mensuellement.
Un cessez-le-feu fragile
Si une trêve est entrée en vigueur le 17 avril, elle est fragilisée par cette technologie. Car selon l'armée de l'air israélienne, le Hezbollah a lancé plus de 100 drones explosifs sur les troupes israéliennes depuis, et au moins quatre soldats ont été tués par ces engins volants. La milice chiite a publié les vidéos de plus de 28 attaques par des drones FPV depuis l'accord de cessez-le-feu. De son côté, l'armée de l'air israélienne affirme avoir frappé plus de 1 100 cibles du Hezbollah dans le sud du Liban et "a éliminé" plus de 350 "terroristes".



