La Chine, entre opportunité et crainte face à l'Amérique de Trump
Chine : opportunité et crainte face à l'Amérique de Trump

Depuis le début de l'offensive américaine contre l'Iran, la Chine cherche à se positionner comme un intermédiaire œuvrant pour la paix. Si elle profite de la dégradation de l'image de l'administration Trump pour se présenter comme un acteur responsable, un conflit prolongé pourrait lui coûter cher sur le plan économique. Surtout, Pékin a besoin d'un environnement mondial stable et prévisible pour poursuivre sa montée en puissance.

Une opportunité diplomatique pour la Chine ?

Zongyuan Zoe Liu, chercheuse au Council on Foreign Relations, explique que la Chine s'est positionnée comme intermédiaire dans ce conflit, cherchant à coopérer avec des pays comme le Pakistan ou l'Égypte pour obtenir un cessez-le-feu durable. Cette attitude offre à la Chine l'opportunité de se présenter comme un facteur de stabilisation dans un contexte chaotique, soignant ainsi son image, notamment en comparaison avec les États-Unis dont l'autorité morale s'effrite. Le message central est qu'elle est un acteur responsable souhaitant maintenir la paix. Toutefois, la diplomatie chinoise agit avec prudence, soucieuse de ne pas assumer au Moyen-Orient des responsabilités excédant ses capacités ou ses intérêts. Bref, elle ne cherche pas à s'imposer comme la puissance dominante dans la région.

Les risques économiques d'un conflit prolongé

Les autorités chinoises sont également conscientes des risques qu'un conflit prolongé ferait peser sur leur économie. Le bilan pour la Chine apparaît donc contrasté. Selon la chercheuse, Pékin observe que les États-Unis deviennent de plus en plus imprévisibles et moins capables de rallier leurs alliés dans une stratégie de containment de la Chine. Dans le même temps, Washington est désormais plus enclin à recourir à la force militaire. Les dirigeants chinois sont bien conscients que les États-Unis conservent une supériorité militaire considérable, comme l'illustrent leurs récentes opérations extérieures.

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L'inquiétude face à l'imprévisibilité américaine

Les dirigeants chinois souhaitent depuis des décennies voir les États-Unis s'affaiblir, mais pas au point qu'ils ne puissent plus contribuer au maintien de l'ordre international. Si Pékin peut tirer avantage d'une Amérique moins capable de contenir sa montée en puissance, elle ne souhaite pas pour autant une puissance américaine en déclin erratique, imprévisible et génératrice d'incertitudes globales. Pékin s'irrite de la capacité de Washington à exercer un pouvoir unilatéral, notamment à travers l'imposition de sanctions. C'est pourquoi la Chine a mis en place un système alternatif pour se prémunir contre les sanctions potentielles, s'appuyant sur sa position dominante dans la chaîne d'approvisionnement des terres rares.

La Chine a besoin d'un ordre international stable

Devenue la deuxième économie mondiale, la Chine a largement bénéficié du système international dominé par les États-Unis, un système dont elle a impérativement besoin pour poursuivre sa montée en puissance. Au cours des trente dernières années, elle s'est appliquée à en intégrer les règles, à les contourner lorsque nécessaire, à tenter de les réformer, puis à élaborer des solutions de substitution. Lorsqu'un pays a investi autant d'efforts pour maîtriser les rouages d'un système prévisible, toute transformation devient une source majeure d'incertitude, peu compatible avec une planification efficace. Le chaos et l'instabilité entravent donc la capacité des décideurs à concevoir et mettre en œuvre leurs politiques.

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Influence réelle de la Chine au Moyen-Orient

La Chine a de l'influence sur l'Iran et le Pakistan, mais il ne faut pas surestimer son rôle, car ces pays entretiennent également de très bonnes relations entre eux. En matière d'image et de soft power, la Chine de Xi Jinping marque-t-elle des points sans rien faire ? Dans un récent sondage, plusieurs pays européens considèrent désormais les États-Unis comme une menace plus grande que la Chine. Mais il est tentant de voir les choses ainsi : quand les États-Unis se sabotent, la Chine paraît plus attrayante. Cependant, dans des moments de crise, certains pays peuvent se demander pourquoi la Chine, amie du Venezuela et de l'Iran, n'a rien fait pour les défendre. La baisse relative de l'image américaine en Europe tient en grande partie au fait que Washington n'a pas suffisamment consulté ses alliés. L'évolution de l'image de la Chine relève moins d'un attrait pour Pékin que d'une frustration envers Washington.

Impact sur la question de Taïwan

Les forces américaines demeurent très respectées, et il est peu probable que les hauts gradés de l'Armée populaire de Libération aient suffisamment confiance pour risquer une confrontation autour de Taïwan. Les États-Unis entretiennent une ambiguïté stratégique, envoyant des signaux d'une plus grande disposition à recourir à la force. Pékin ne peut exclure qu'en cas de conflit, Washington choisisse d'intervenir sans retenue. De plus, l'APL est marquée par des purges importantes à son sommet, ce qui rend peu probable une aventure militaire. La Chine dispose d'autres leviers pour poursuivre l'objectif de réunification, notamment des incitations économiques et des opérations d'influence.

La rencontre Trump-Xi Jinping

Si la visite de Donald Trump en Chine est maintenue les 14 et 15 mai, Xi Jinping sera-t-il en position de force ? Trump dispose de l'armée la plus puissante au monde. Les relations bilatérales sont ce qui importe le plus. Si la rencontre permet de prolonger la trêve dans la guerre commerciale et de marquer le début d'un rapprochement, ce sera un succès pour les deux dirigeants. Xi Jinping, figure impériale, préside et donne son aval à ce qui a été négocié ; il n'a pas à gérer Trump.