Alors que le conflit entre les États-Unis et l'Iran semble dans une impasse, Washington mise sur un étranglement progressif de l'économie iranienne pour faire plier le régime de Téhéran. Cette stratégie est partagée par son adversaire, qui espère que la pression sur le prix des carburants et les marchés mondiaux fera craquer les États-Unis.
Le détroit d'Ormuz au cœur de la guerre
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, est au centre du conflit. D'abord bloqué par l'Iran, il est désormais sous blocus américain, accentuant la pression sur l'économie iranienne. Téhéran a proposé de cesser ses attaques en échange d'une levée du blocus, mais les négociations restent sans issue.
Une économie ravagée par la guerre
Les conséquences économiques sont déjà considérables pour l'Iran. Les bombardements israélo-américains ont endommagé routes, ports, immeubles résidentiels et usines. Selon les médias d'État, la reconstruction pourrait coûter 270 milliards de dollars, une somme énorme pour un pays dont le PIB annuel était de 341 milliards de dollars l'an dernier.
Le choc sur l'emploi est brutal : un million de personnes ont perdu leur emploi directement, et un autre million indirectement, selon le ministère du Travail. Les licenciements touchent raffineries, textile, transport routier, et compagnies aériennes. Par exemple, le fabricant de remorques Maral Sanat a licencié 1 500 employés, et le textile Borujerd 700. Les coupures internet aggravent la situation.
Inflation et pauvreté
La crise se traduit par une hausse du coût de la vie. L'inflation annuelle a atteint 67 % à la mi-avril, avec des hausses de prix de 140 % pour le pain et 219 % pour les huiles. Même la viande subventionnée dépasse les moyens de la plupart des Iraniens, dont le salaire minimum était de 130 dollars par mois avant la guerre.
Selon le PNUD, plus de quatre millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté. Le gouvernement a pris des mesures comme l'augmentation des salaires des fonctionnaires, des aides aux familles démunies et la subvention de produits de première nécessité, mais cela met à l'épreuve les finances publiques.
Tensions sur les finances
L'État perd sa principale source de revenus : les exportations de matières premières via le détroit d'Ormuz. En mars, il exportait encore l'équivalent de 191 millions de dollars de pétrole brut. Pour contourner le blocus, l'Iran diversifie ses routes commerciales via la Turquie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la mer Caspienne, mais ces circuits restent limités. Washington menace d'étendre les sanctions aux banques chinoises facilitant les transactions avec l'Iran.
Jusqu'où peut tenir Téhéran ?
L'effondrement économique de l'Iran ne date pas de la guerre : le pays était déjà fragilisé par des décennies de sanctions. Certains analystes estiment que son économie pourrait être résiliente. Amir Handjani, spécialiste de l'Iran, indique que le pays est habitué aux sanctions et dispose d'un système de transactions énergétiques contournant les sanctions américaines. Un accord avec les États-Unis pourrait lever l'isolement, mais une aggravation de la crise pourrait entraîner des répercussions politiques internes.
La dépréciation de la monnaie (1,32 million de rials pour un dollar) et l'inflation ont déjà déclenché des contestations anti-gouvernementales en début d'année. Le revenu annuel moyen est tombé à 5 000 dollars par habitant en 2024, contre 8 000 dollars une décennie plus tôt. Le quotidien conservateur Ettelaat qualifie la situation de "catastrophique et complexe", prévoyant que le gouvernement pourrait avoir besoin de programmes exceptionnels pour faire face à une économie de guerre.



