Revers pour Trump : l'Arabie saoudite refuse de soutenir l'opération Projet Liberté
Arabie saoudite refuse de soutenir Projet Liberté de Trump

C'est un revers supplémentaire pour Donald Trump. À peine quelques jours après l'avoir lancé, le président américain a été contraint d'abandonner son "Projet Liberté", cette opération d'escorte militaire américaine des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. En cause : l'un de ses principaux alliés arabes, l'Arabie saoudite, lui a fait défaut. Ryad, cible de lourdes frappes iraniennes depuis le début de la guerre, a cette fois refusé de laisser Washington utiliser ses bases et son espace aériens. Et ce malgré un appel entre le président américain et le prince saoudien Mohammed ben Salmane, a rapporté NBC.

Perte de confiance envers Washington

Un incident révélateur de la perte de confiance de Ryad dans la gestion du conflit par Trump, alors que l'Arabie saoudite ne peut s'empêcher de penser que les États-Unis n'ont pas réussi à la protéger face aux représailles iraniennes, alors même que ce sont eux qui l'ont entraînée dans cette guerre qu'elle n'a jamais soutenue. "Il est évident depuis longtemps que les États-Unis se sont embourbés dans un conflit qu'ils ne peuvent pas se permettre d'escalader et dont ils ne peuvent pas plus se sortir", confie un diplomate saoudien au Guardian. Faute de modalités claires, Ryad redoutait donc que l'opération "Projet Liberté" ne dégénère en une confrontation navale risquée avec l'Iran, actant ainsi la fin du cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 7 avril. Au risque d'entraîner une reprise des frappes iraniennes contre les installations énergétiques saoudiennes, donc. Voire même une entrée en guerre des Houthis, proxys iraniens au Yémen, laissant planer la menace d'une fermeture de la mer Rouge.

Devant le refus des Saoudiens de coopérer, Donald Trump a donc fini par rétropédaler mardi 5 mai, après deux jours à vanter les mérites de l'opération "Liberté". S'il n'a fait aucune mention des objections saoudiennes, préférant saluer une médiation chinoise, tout laisse à penser que cet événement a largement pesé dans la balance. Et pourrait rebattre les cartes des alliances dans la région.

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Rupture avec les Émirats arabes unis

Au-delà des dissensions avec Washington, l'intervention de Ryad, qui a réduit les options de Trump pour briser le blocus, risque d'entraîner une nouvelle détérioration des relations avec son voisin émirati. Car contrairement à l'Arabie Saoudite, qui souhaite à tout prix mettre un terme à la guerre, les Émirats arabes unis se montrent plus exigeants sur les conditions imposées à Téhéran. Furieux d'avoir été la principale cible des attaques iraniennes - qui ont largement endommagé leurs installations minières -, le pays signataire des Accords d'Abraham déplore aujourd'hui le manque de solidarité entre pays du Golfe.

Les deux pays se déchirent sur la stratégie à adopter depuis le début de la guerre, entre prudence et audace. Les Saoudiens, d'un côté, ont rapidement conclu un accord avec l'Iran garantissant la sécurité de leur oléoduc vers Yanbu, pour pouvoir exporter jusqu'à 50 % de leur production via la mer Rouge. Les Émirats, de l'autre, ont fait preuve de beaucoup plus d'audace, en tentant de faire passer leurs pétroliers à travers le blocus iranien, allant jusqu'à désactiver leurs transpondeurs dans l'espoir de ne pas être repérés.

En guise de protestation, Abou Dhabi a déjà quitté l'Opep la semaine dernière et envisage désormais de quitter la Ligue arabe. "Pendant des années, le mythe d'un Golfe faisant bloc s'est imposé dans les imaginaires. La guerre et ses conséquences ont révélé à quel point cette vision était depuis longtemps tronquée : chaque État agit selon son propre calcul", résume la revue Le Grand Continent. Signe que chaque État, à sa manière, cherche à affirmer son autonomie.

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