Le docteur Georges Fernandez, 85 ans, installé à Alès depuis 1965, se souvient de son séjour à Cuba au début des années 1960. C'est en apprenant la mort de Fidel Castro, ce samedi matin à la radio, que ce médecin à la retraite a accepté de partager ses souvenirs avec Midi Libre.
Un départ motivé par l'engagement
En 1962, fraîchement diplômé de médecine, Georges Fernandez cherche un endroit où exercer. "J'avais envoyé des demandes au Maroc et en Tunisie, sans réponse. Alors, en tant qu'Espagnol, fils de républicain espagnol, j'ai pensé à Cuba." Le ministre de la Santé cubain lui répond personnellement : "Il est 3 heures du matin et je te réponds que je t'envoie un billet d'avion pour toi, ta femme et tes enfants."
L'arrivée en pleine crise des missiles
L'enthousiasme initial est tempéré à l'arrivée : "Nous avons atterri en pleine crise des missiles nucléaires soviétiques pointés vers les États-Unis. Je n'ai vu personne et il a fallu attendre pour voir le ministre de la Santé, mobilisé."
Première rencontre avec Fidel Castro
Employé d'abord comme interprète lors d'un congrès avec des scientifiques français, Georges Fernandez traduit le discours de Fidel Castro depuis une cabine vitrée. "Je n'ai, en fait, pas rencontré Fidel Castro à ce moment-là, puisque je traduisais son discours, installé derrière une vitre." Il croisera le dirigeant cubain "deux ou trois fois" durant son année sur l'île, impressionné par "sa stature de leader."
Le Che, un compagnon de soirée
C'est avec Che Guevara, médecin comme lui, que le docteur Fernandez a le plus d'échanges. "À l'hôtel Hilton, nationalisé et rebaptisé Havana libre, il venait tard, le soir, et nous étions quelques-uns à discuter avec lui."
Un système bénéfique pour la santé et l'éducation
Le jeune médecin travaille dans un système qui, selon lui, "a eu beaucoup de bienfaits sur le plan de l'alphabétisation et pour la médecine. Cuba a envoyé des médecins à travers le monde." Il cite même l'exemple de Mario Teran, le sous-officier bolivien qui avait exécuté Che Guevara, opéré de la cataracte par des médecins cubains.
Retour en France et perte de nationalité
En 1963, Georges Fernandez quitte Cuba et, en 1965, s'installe à Alès où il reprend un cabinet. Son passage sur l'île lui vaut la perte de la nationalité française, qu'il ne retrouve qu'en 1974 après un long combat. Une histoire personnelle qu'il réserve pour une autre fois.



