L'administration Trump interdit les modèles d'IA d'Anthropic aux étrangers, provoquant une onde de choc
Trump interdit les IA d'Anthropic aux étrangers, choc en Europe

L'administration Trump aurait-elle tenté de faire d'une pierre, deux coups ? Mettre la pression sur Anthropic d'une part, et de l'autre, rappeler au reste du monde qu'elle détient, avec les entreprises de la tech, un levier considérable ? Sa décision d'interdire l'utilisation des modèles d'Anthropic Mythos 5 et Fable 5 à « tout ressortissant étranger », vendredi, a en tout état de cause fait l'effet d'un coup de tonnerre sur les deux rives de l'Atlantique. Cette mesure a d'abord entraîné la désactivation de ces deux modèles, trois jours après leur commercialisation, par la firme californienne, qui assure qu'elle n'avait guère le choix, ses propres employés étant souvent étrangers.

Une « entreprise radicale de gauche »

Aux États-Unis, l'annonce a été perçue comme un nouvel épisode du bras de fer entre la firme de Dario Amodei et l'administration présidentielle. Ce conflit remonte à la volonté du premier, en février, que son IA Claude ne soit pas utilisée par le Pentagone à des fins militaires comme la surveillance des masses ou le développement d'armes autonomes. Donald Trump avait alors qualifié Anthropic d'« entreprise radicale de gauche, woke ». Cette fois, la directive émanerait du secrétaire au commerce, Howard Lutnick, après qu'il a été informé par une société utilisatrice des modèles – Amazon, selon différentes sources – qu'elle avait réussi à contourner les garde-fous empêchant un usage malveillant de Fable 5, une IA particulièrement douée pour repérer les failles de sécurité des logiciels. Anthropic s'est indigné d'un tel prétexte. « Nous contestons que la découverte d’un potentiel contournement » des mesures de sécurité autour de Fable 5 « justifie le rappel d’un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes », a écrit la firme.

Au début du mois, Donald Trump a publié un décret demandant aux entreprises technologiques de permettre au gouvernement d'examiner leurs nouveaux modèles avant de les mettre sur le marché, à rebours de la dérégulation qu'il avait prônée jusqu'alors et qui était pour beaucoup dans sa cote de popularité auprès des barons de la tech, dont nombre lui ont apporté leur soutien lors de la présidentielle.

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Appel à un réveil de l'Europe

En Europe, la décision a été interprétée comme une sirène d'alarme face aux velléités du gouvernement américain de se servir de l’IA et des outils numériques comme autant de moyens de pression géopolitique. À l'horizon de la présidentielle, les réactions politiques ont été particulièrement nombreuses en France. « La guerre de l’IA a déjà commencé. Nous ne pouvons pas compter sur d’autres car cela nous rend vulnérables, la décision des États-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d’Ormuz », a jugé Gabriel Attal, candidat déclaré (Renaissance). Le président du Rassemblement national Jordan Bardella a lui écrit sur X : « Cette décision soudaine vient nous rappeler que l’intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur », et plaidé pour « accélérer dans le soutien » à la société française Mistral AI. Pour une fois d'accord avec lui, Jean-Luc Mélenchon a estimé que la décision américaine « prouve l’urgence d’être indépendants et souverains ». « Nous ne maîtrisons ni les modèles, ni les [capacités de] calcul » de l’IA, une technologie pourtant « aussi essentielle que l’électricité ou Internet », a déploré Edouard Philippe, autre candidat (Horizons) à l’Élysée, qui appelle à son tour à un réveil de l'Europe.

Retour de bâton

Porte-parole de la Commission européenne chargé de la souveraineté technologique, de la défense et de l'espace, Thomas Regnier voit dans le blocage ordonné par Washington la nécessité de renforcer « le besoin de souveraineté technologique de l’Europe ». Tom Tugendhat, député britannique, a déclaré : « Le fait de désactiver le Fable 5 et d’autres modèles pour les étrangers n’est ni un malentendu ni une erreur, c’est le résultat inévitable d’une technologie qui redéfinit l’art de la guerre, de sorte que la souveraineté repose davantage sur le code que sur les canons. »

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Certains acteurs de l'IA y ont de leur côté vu un juste retour de bâton aux prédictions alarmistes dont a pu être coutumier Dario Amodei. Le Français Yann Le Cun, ancien de Meta et spécialiste de l'IA, a estimé sur LinkedIn que « les discours alarmistes et ridicules de Dario Amodei sur Mythos/Fable (et l'IA en général) finissent par porter leurs fruits : le gouvernement américain interdit son utilisation aux non-Américains, y compris aux employés étrangers aux États-Unis. On récolte ce que l'on sème. » « Cela devrait être un énorme signal d'alarme pour l'Europe », a renchéri Jaroslav Beck, PDG d'une start-up d'IA basée à Prague. L'avenir dira si cet épisode constituera un tournant dans la quête de souveraineté de l'Europe en matière d'IA ou une simple indignation passagère.