Un pétrolier de la flotte fantôme russe, visé par des sanctions européennes, a été arraisonné au large de la Bretagne et fait l'objet d'une enquête judiciaire française pour défaut de pavillon et refus d'obtempérer. Le navire, suspecté d'avoir opéré près du Danemark lors de survols de drones suspects, aurait quitté un port russe fin septembre.
Les faits
Le pétrolier russe Pushpa/Boracay, sous pavillon béninois et visé par des sanctions, a été arraisonné samedi 28 septembre au large de Saint-Nazaire. Une enquête judiciaire a été ouverte pour irrégularités sur le pavillon et refus d'obtempérer. Suspecté d'avoir servi de base à des survols de drones au Danemark entre le 22 et le 25 septembre, le navire aurait quitté Primorsk (Russie) pour l'Inde, passant près de Copenhague durant les incidents.
L'opération d'arraisonnement
Selon une source militaire, le navire a été arraisonné samedi dernier et une équipe est montée à bord. Mercredi après-midi, des images aériennes tournées par l'AFP au large de Saint-Nazaire montraient des militaires cagoulés présents sur le pont du navire. Le président Emmanuel Macron a évoqué une opération très importante de la marine, en marge d'un sommet européen à Copenhague. Il a déclaré : Les équipes d'intervention ont agi en temps et en heure. Il y a eu des fautes très importantes qui ont été commises par cet équipage qui justifient d'ailleurs que la procédure soit judiciarisée aujourd'hui.
Enquête judiciaire et garde à vue
La justice a ouvert une enquête pour défaut de justification de la nationalité du navire/pavillon et refus d'obtempérer, a indiqué à l'AFP le procureur de Brest, Stéphane Kellenberger. Deux membres de l'équipage, qui se présentent comme le commandant et son second, sont en garde à vue. Les peines maximales encourues sont d'un an de prison et 150 000 euros d'amende.
Liens avec les survols de drones au Danemark
Le navire, qui a changé de nom et de pavillon à de nombreuses reprises (Gabon, îles Marshall, Mongolie), est soupçonné d'être impliqué dans les récents survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois. Selon le site spécialisé The Maritime Executive, le navire a pu servir de plateforme de lancement ou de leurre. Emmanuel Macron a appelé à la prudence sur ce point. Une analyse AFP des données de VesselFinder montre que le pétrolier a quitté Primorsk le 20 septembre, avec pour destination Vadinar en Inde, et a navigué au large des côtes danoises entre le 22 et le 25 septembre, période durant laquelle des survols suspects de drones ont eu lieu, entraînant la fermeture de l'aéroport de Copenhague le 22 septembre et de nouveaux survols le 25 septembre.
Réactions politiques
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a plaidé pour une réponse très forte face à la guerre hybride menée par la Russie. Emmanuel Macron a renchéri : Toute personne qui viole l'espace aérien européen est susceptible d'avoir des représailles. Il a insisté sur la nécessité de continuer à s'équiper militairement au niveau européen et de mettre en place des systèmes de pré-alerte efficaces contre les drones. Il a ajouté : Nous sommes dans une confrontation avec la Russie qui, depuis plusieurs années, est un acteur très agressif qui multiplie les attaques cyber, qui a lancé une guerre d'agression en Ukraine, qui utilise la menace nucléaire et qui aujourd'hui provoque dans des espaces aériens.
Sanctions et implications
Outre l'Union européenne, le navire est sous sanctions du Canada, de la Suisse, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni. Emmanuel Macron a estimé que le commerce pétrolier imputé à cette flotte fantôme, entre 600 et 1 000 bateaux, représente des dizaines de milliards d'euros pour le budget de la Russie et finance 40 % de l'effort de guerre russe selon les évaluations collectives.



