Le 26 novembre 2025, le Wall Street Journal a révélé une partie d’un document de 1 200 pages élaboré par un groupe d’experts allemands pour prévenir un conflit avec la Russie. Berlin a tout prévu : si le Kremlin déclarait la guerre, il saurait le recevoir.
Un plan secret depuis 2022
Le plan remonte à 2022. Une douzaine d’experts allemands se réunissent en secret pour élaborer une stratégie de guerre contre la Russie. Deux ans et demi plus tard, nos confrères du Wall Street Journal ont mis la main sur une partie de leurs travaux. Un document de 1 200 pages sobrement intitulé "Plan d’opération Allemagne". Voici ce qu’il contient.
Changer de mentalité
"La mise en œuvre de ce plan exige un changement radical des mentalités, l’effacement des habitudes de près d’une génération", observent nos confrères. Les règles sur la protection des données, sur l’acquisition des territoires, la législation sur l’utilisation de drones en zones urbaines… Élaborées en temps de paix, seront trop contraignantes en temps de guerre. Le plan prévoit un "changement des mentalités". "Nous devons faire revenir des retraités pour qu’ils nous expliquent comment nous faisions à l’époque", a déclaré le vice-ministre de la Défense allemand Nils Schmid. Il déplore que l’Europe ait baissé la garde.
Optimiser les infrastructures
Pendant la guerre froide par exemple, les autoroutes étaient dégagées, libres de poteaux électriques, de bâtiments. De sorte à pouvoir devenir des pistes d’atterrissage. Autre exemple : des réservoirs de kérosène y étaient enfouis. On parlait alors d’infrastructures "à double usage". L’utilisation civile faisait office de couverture à une éventuelle réappropriation militaire. À cela s’ajoute la nécessité de protéger les infrastructures essentielles des sabotages. "Si l’Allemagne doit devenir la plaque tournante de l’Otan, alors en tant qu’ennemi, je voudrais la cibler : bloquer les ports, couper l’électricité, perturber le réseau ferroviaire", a déclaré un fabricant de drone allemand, Paul Strobel. Enfin, la question des cyberattaques a également été posée : comment parer les frappes de soldats sans armures, invisibles, opérant à des milliers de kilomètres ? Les hackeurs russes et leurs piratages, ingérences, manipulations informationnelles sont peut-être la plus actuelle des menaces russes.
Gestion des flux
D’ici à 2029, Berlin prévoit d’investir 166 milliards dans des infrastructures, dont plus de 100 milliards dans le réseau ferroviaire. Le but ? Permettre, encore une fois au besoin, d’acheminer des munitions dans tout le pays. À propos de flux, le plan prévoit également d’organiser le pays comme un arrière-front européen, où transiteraient grand nombre de réfugiés et de soldats : "Les réfugiés et les renforts afflueraient de directions opposées. Il faudrait canaliser ces flux." L’armée devrait se coordonner avec les civils et des entreprises privées. Le document estime à 800 000 le nombre de soldats allemands, américains, ou d’autres pays de l’Otan, qui se déplaceraient vers l’est. Autant de personnes qui devraient parcourir des milliers de kilomètres en passant par des villes, des ponts… Tout en évitant d’éventuelles attaques.
Le plan n’est fondé que sur des suppositions. Mais le chancelier allemand estime que "les menaces sont bien réelles", car "nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne vivons plus en temps de paix".



