Le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé au président ukrainien Volodymyr Zelensky une « stratégie de rapprochement » pour permettre à l'Ukraine de participer aux institutions européennes sans droit de vote, en attendant une adhésion pleine et entière. Cette proposition a été présentée lors du Conseil européen informel à Nicosie, jeudi et vendredi.
Un statut d'observateur inédit
Selon Merz, l'Ukraine serait invitée à assister aux réunions du Conseil européen et du Parlement européen, mais sans pouvoir voter. Le pays bénéficierait également d'une intégration sectorielle progressive, en fonction de l'avancement de ses réformes. Ce statut d'observateur serait une première dans l'histoire de l'UE, aucun pays candidat n'ayant jamais eu un tel accès sans droits de vote.
Cette initiative répond aux demandes pressantes de Volodymyr Zelensky, qui estime que son peuple, en guerre depuis quatre ans pour défendre des valeurs européennes, mérite une « voie rapide » vers l'adhésion. Cependant, les règles de l'UE basées sur le mérite empêchent un traitement préférentiel, d'autant que d'autres candidats comme le Monténégro (candidat depuis 2010), l'Albanie (2014), la Serbie (2012) ou la Macédoine du Nord (2005) attendent toujours.
Un consensus croissant pour ne pas laisser l'Ukraine dans l'antichambre
António Costa, président du Conseil européen, a déclaré : « Il y a un consensus croissant sur le fait que nous ne pouvons pas laisser l'Ukraine dans une salle d'attente éternelle. L'adhésion est un voyage, pas seulement une destination finale. Permettre aux dirigeants ukrainiens de s'asseoir à la table du Conseil, d'écouter les débats et de comprendre la dynamique européenne est un excellent moyen de préparer l'adhésion complète. » Il a ajouté que des options plus détaillées seront présentées en juin.
Les défis de l'adhésion : agriculture et reconstruction
L'Ukraine est une puissance agricole mondiale, ce qui rend son intégration à la politique agricole commune particulièrement délicate. Les agriculteurs européens craignent une concurrence insoutenable. Des périodes de transition seront nécessaires avant l'ouverture complète des marchés.
Par ailleurs, la question de la paix reste centrale. Un gel du conflit sur la ligne de front serait un premier pas. L'UE a déjà adopté un prêt de 90 milliards d'euros sur deux ans pour soutenir l'effort de guerre et les dépenses civiles ukrainiennes.
Positions divergentes parmi les États membres
Les partisans d'une adhésion rapide incluent l'Estonie, la Lituanie et la Finlande, tandis que les Pays-Bas estiment que Kiev n'est pas prête. Le Premier ministre belge Bart De Wever a évoqué un « modèle en couches d'oignon » pour une Europe à plusieurs vitesses. La Hongrie, dont le nouveau Premier ministre Péter Magyar a succédé à Viktor Orbán, reste une inconnue : bien que le veto de principe soit levé, Magyar n'a pas encore clarifié sa position.
Le président français Emmanuel Macron a réaffirmé que « l'avenir de l'Ukraine est dans l'Union », mais a reconnu que les négociations sur l'agriculture seront difficiles. De son côté, le Polonais Donald Tusk a souligné l'importance de rester ferme face à la Russie pour obtenir des résultats aux négociations de paix.



