Macron insiste sur la nécessité d'une dette commune européenne pour rester compétitif
Depuis la ville portuaire d'Anvers, où se tenait un important sommet industriel ce mercredi, le président français Emmanuel Macron a réaffirmé avec force sa conviction que l'endettement commun constitue l'unique voie permettant à l'Union européenne de maintenir sa compétitivité face aux géants économiques que sont les États-Unis et la Chine. Devant un auditoire composé de nombreux industriels et décideurs économiques, le chef de l'État a développé un plaidoyer précis en faveur de cette proposition qui continue de diviser profondément les capitales européennes.
"La seule manière" d'investir massivement dans les secteurs stratégiques
Emmanuel Macron a catégoriquement déclaré que le recours à l'émission d'une dette commune représente "la seule manière" pour l'Union européenne de mobiliser les fonds nécessaires à des investissements massifs dans des domaines jugés essentiels pour l'avenir économique et stratégique du continent. Parmi ces secteurs prioritaires, le président français a particulièrement cité l'intelligence artificielle, les technologies quantiques, les technologies propres, ainsi que les domaines de la défense et de la sécurité spatiale.
"Pour faire augmenter notre budget commun, il nous faut impérativement augmenter notre capacité d'emprunt commun", a-t-il martelé lors de son intervention, soulignant que cette approche constitue selon lui l'unique solution pour transformer durablement la productivité et la compétitivité européenne. Le président a toutefois pris soin de préciser, dans un contexte où la France elle-même doit gérer un niveau d'endettement national élevé, que chaque pays membre devrait parallèlement régler "sa situation personnelle" en matière de finances publiques.
Une proposition historiquement controversée qui resurgit
Cette prise de position intervient alors que, dans une interview accordée à plusieurs médias européens dès mardi, Emmanuel Macron avait déjà estimé que le moment était venu pour l'Union européenne de lancer "une capacité commune d'endettement, à travers des eurobonds". Cette proposition reste néanmoins particulièrement sensible au sein de l'Union européenne, où elle se heurte à l'opposition frontale des pays dits "frugaux", notamment l'Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas, qui rejettent catégoriquement toute forme de mutualisation des dettes nationales.
L'idée des eurobonds n'est pas nouvelle dans le débat européen. Elle avait été initialement proposée en 2010 lors de la crise de la zone euro, avant d'être rejetée à l'époque précisément en raison des réticences des pays aux finances les plus solides. En 2020, le concept est réapparu sous la forme des "coronabonds", destinés à financer le soutien à l'économie européenne durement touchée par la pandémie de Covid-19. Bien que cette proposition ait été écartée pour les mêmes raisons, les Européens ont finalement décidé en juillet 2020 de recourir massivement à des emprunts émis directement par l'Union européenne, une approche politiquement moins controversée car ces emprunts sont adossés au budget européen plutôt qu'à la responsabilité directe des États membres.
Un impératif de souveraineté et de cohésion européenne
Emmanuel Macron a également développé une vision plus large de la situation européenne, estimant que le Vieux continent se trouve actuellement "à un tournant" historique. Selon le président français, l'Europe doit urgemment renforcer sa compétitivité et s'affirmer comme une "puissance indépendante" face aux menaces économiques croissantes venues de Chine et des États-Unis.
"Tant de fois nous finançons des solutions non européennes, nous sommes fous", a-t-il déploré, défendant avec conviction le principe d'une "préférence européenne" qui obligerait les entreprises bénéficiant de fonds publics à se fournir prioritairement en composants européens. Cette approche s'inscrit dans une logique plus large de renforcement de la souveraineté industrielle et technologique du continent.
Le chef de l'État a enfin insisté sur la nécessité pour l'Europe d'adopter "une nouvelle échelle et une nouvelle vitesse dans notre approche" afin de mettre un terme à la fragmentation qui, selon lui, affaiblit structurellement le continent et "risque d'humilier l'Europe" dans la compétition économique mondiale. Cet appel à une plus grande cohésion et à des instruments financiers communs plus ambitieux intervient dans un contexte géopolitique et économique particulièrement tendu, où les rivalités entre grandes puissances s'accentuent dans les domaines technologiques et industriels.