La Commission européenne a annoncé lundi son intention d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l’Afghanistan. De sources proches du dossier, une lettre va être envoyée de façon « imminente » à Kaboul afin de fixer une date pour un rendez-vous dans la capitale belge.
Des discussions techniques pour organiser les renvois
Cette visite, coordonnée avec la Suède, fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan sur le même sujet. L’idée est désormais de « poursuivre ces discussions » au « niveau technique » à Bruxelles, a expliqué un porte-parole de l’exécutif européen. Portés par une volonté commune de durcir leurs politiques migratoires, une vingtaine de pays de l’Union européenne cherchent des voies pour renvoyer des migrants vers l’Afghanistan, et particulièrement ceux condamnés par la justice. Dans une missive en octobre, ils ont réclamé à Bruxelles « des solutions diplomatiques et pratiques » pour avancer sur ce dossier. « C’est dans ce contexte » que ces rencontres sont organisées, explique un porte-parole de la Commission.
Un frein à l’accueil des Afghans
Ces échanges posent toutefois une avalanche de questions pratiques et éthiques, notamment parce qu’ils impliquent de dialoguer avec les autorités talibanes, au pouvoir depuis 2021, que l’Union européenne ne reconnaît pas officiellement. Pour venir à Bruxelles, ces responsables auraient besoin d’un visa exceptionnel. La Belgique est, en théorie, prête à en accorder en vertu de son rôle de pays hôte des institutions européennes. « Si la Commission européenne venait à inviter une délégation du régime taliban, il pourrait donc en être ainsi », a déclaré la porte-parole du ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot.
En 2025, les Afghans étaient encore, de loin, la nationalité la plus représentée parmi les demandes d’asile dans l’Union européenne. Mais après avoir accompagné des centaines de milliers d’entre eux durant la guerre, le Vieux Continent met désormais un frein à l’accueil. Pionnière en la matière, l’Allemagne a déjà brisé ce tabou en procédant, depuis 2024, à l’expulsion groupée d’une centaine d’Afghans condamnés par la justice, via des vols charters facilités par le Qatar. L’Autriche lui a depuis emboîté le pas et a reçu mi-septembre une délégation de représentants talibans à Vienne.
« Une décision qui pourrait coûter des vies »
Ces initiatives sont vivement critiquées par les ONG. « Renvoyer des Afghans dans un pays où près de la moitié de la population ne parvient pas à se nourrir n’est pas une politique migratoire, c’est une décision qui pourrait coûter des vies », a alerté Lisa Owen du International Rescue Committee. C’est « un profond renoncement aux valeurs et droits qui fondent l’Union européenne », a renchéri l’élue écologiste Mélissa Camara, exhortant Bruxelles à « ne pas franchir cette ligne rouge ». Certaines associations craignent notamment que ce déplacement à Bruxelles permette aux responsables talibans d’identifier certaines personnes, au risque de mettre leurs droits fondamentaux en péril. Des sources diplomatiques rétorquent que cette visite sert avant tout à régler des détails d’ordre pratique, comme la délivrance de passeports ou la capacité d’accueil de l’aéroport de Kaboul.



