Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Quatre ans après son retour au pouvoir à la tête d'une coalition de droite et d'extrême droite, Benyamin Netanyahou est menacé par une alliance entre la figure de droite Naftali Bennett et le centriste Yaïr Lapid. Dimanche 26 avril, les deux plus féroces opposants au Premier ministre israélien ont annoncé leur collaboration lors des prochaines élections législatives prévues en octobre. Cette association rappelle celle qui avait détrôné Benyamin Netanyahou de son poste de Premier ministre en 2021.
Une liste commune baptisée Yachad
Les deux partis, Bennett 2026 et Yesh Atid, vont mener une liste commune baptisée Yachad, menée par Naftali Bennett, déjà à la tête du gouvernement en 2021 et ancien allié de Netanyahou. "L'unité que nous partageons est un message adressé à tout le peuple d'Israël", a lancé Bennett lors de la conférence de presse d'annonce organisée dimanche, affirmant que "l'ère de la polarisation est terminée". Si les nouveaux alliés n'ont pas caché leurs différences politiques, ils ont accepté de se ranger derrière un candidat commun, une position qu'assume entièrement Yaïr Lapid, qui a décrit son nouvel allié comme "un homme de droite, mais une droite libérale, décente et respectueuse de la loi", en opposition à la radicalité de Netanyahou.
Des sondages favorables à l'alliance
Face au Premier ministre actuel, déjà fragilisé par les guerres à Gaza et en Iran qui s'éternisent, les deux hommes ont de véritables chances d'arriver en tête des élections. Si le Likoud, parti au pouvoir actuellement, reste en tête selon les derniers sondages avec un potentiel de 25 sièges sur 120 à la Knesset, il est talonné de très près par Bennett qui pourrait en truster 21. En difficulté, le parti de Yaïr Lapid n'est qu'à 7 sièges dans les sondages, contre 24 actuellement, mais cette nouvelle alliance pourrait récupérer près de 60 sièges en s'associant avec d'autres partis plus petits et tout aussi opposés à Benyamin Netanyahou.
Ce dernier joue sa survie politique à ces élections, alors qu'il n'a pas assumé ses responsabilités lors des échecs sécuritaires pendant les attentats du 7 octobre 2023, qui ont mené à la mort de près de 1 200 personnes. Aujourd'hui sous le coup d'un mandat d'arrêt international de la Cour pénale internationale pour les bombardements meurtriers à Gaza, alors que plusieurs voix de la communauté internationale accusent le chef du gouvernement israélien de mener un génocide, il reste protégé par sa fonction actuelle.
Des affaires de corruption persistantes
D'autant qu'il est toujours inquiété depuis six ans par plusieurs affaires de corruption, de fraude et d'abus de confiance. Alors qu'il devait témoigner ce lundi au tribunal, l'audience a finalement été annulée pour des "raisons de sécurité" non précisées, à la demande de son avocat, Amit Hadad. Il est accusé d'avoir accepté des cadeaux de luxe, comme du champagne ou des bijoux, de la part de milliardaires en échange d'une couverture plus favorable dans deux médias israéliens.
Des soutiens de moins en moins nombreux
Alors qu'il comptait sur une grâce présidentielle pour s'en sortir, Benyamin Netanyahou a subi une déconvenue. Selon le New York Times, le président israélien Isaac Herzog a décidé de ne pas accorder de pardon à son Premier ministre dans l'immédiat, mais plutôt d'engager une médiation. "Le président Isaac Herzog a indiqué à plusieurs reprises qu'il considère qu'une solution amiable entre les parties relève d'un intérêt public important", a répondu le bureau d'Herzog au quotidien américain. "S'agissant de la décision sur la demande de grâce, le président agira uniquement conformément au droit israélien, guidé par sa conscience et dans l'intérêt supérieur de l'État d'Israël." La figure de Benyamin Netanyahou étant très controversée en Israël, le président semble de fait préférer trouver une solution plus appropriée que la grâce.
De son côté, Netanyahou continue de nier les faits et affirme être victime d'une chasse aux sorcières. Pour l'aider, il bénéficie du soutien du président américain Donald Trump, qui mène une agressive campagne de lobbying en faveur de son allié, n'hésitant pas à qualifier le président israélien d'Herzog de "honteux" et de "faible et pathétique" pour ne pas avoir accordé la grâce. S'il peut compter sur le milliardaire américain, Benyamin Netanyahou peine de plus en plus à trouver des soutiens à l'échelle internationale. Alors que Giorgia Meloni prend de plus en plus ses distances et a même suspendu l'accord de coopération de défense avec Israël sous la pression populaire, le désormais ex-Premier ministre hongrois Viktor Orban, autre figure de la mouvance Maga, s'est vu battre dans les urnes après seize ans au pouvoir. La possibilité de voir la situation se répéter en Israël semble être une hypothèse crédible.



