Herbert Wertheim paie 2 millions pour rencontrer Trump, symbole d'une présidence lucrative
Un milliardaire paie 2 millions pour un déjeuner avec Trump

Un déjeuner à 2 millions de dollars avec le président Trump

Classé au 1044e rang des milliardaires mondiaux par le magazine Forbes, avec une fortune estimée à 3,5 milliards de dollars, Herbert Wertheim est un homme riche mais discret. Cet entrepreneur avisé, surnommé « Herbie », a fondé en 1970 Brain Power Inc., l'un des plus grands fabricants mondiaux de produits chimiques et de teintures pour l'industrie ophtalmologique. Le 24 janvier, cet octogénaire iconoclaste, reconnaissable à son fedora rouge vif, a accédé à un quart d'heure de gloire en signant un chèque de 2 millions de dollars pour une visite privée de la Maison-Blanche avec l'ancien président américain Donald Trump.

Cette expérience exclusive, incluant un repas intime, était le lot principal d'une vente aux enchères au profit de pompiers et de policiers de Floride. « Ce qui m'a vraiment plu, c'est d'avoir pu présenter mes deux petits-fils au président pour leur offrir une expérience directe du leadership et du service public au plus haut niveau », a déclaré Wertheim au Palm Beach Post, sans préciser les autres sujets abordés.

Une présidence extrêmement lucrative

L'épisode Wertheim illustre une tendance plus large : certains sont prêts à payer des sommes astronomiques pour approcher Donald Trump. Selon le New Yorker, l'ancien président aurait engrangé plus de 4 milliards de dollars au cours de ses deux mandats, grâce à des projets immobiliers, des produits dérivés, des cadeaux de pays étrangers, des investissements divers et la spéculation sur les cryptomonnaies. Un record sans précédent pour un chef d'État américain.

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Les politologues Alexander Cooley et Daniel Nexon affirment que Trump a instrumentalisé la politique étrangère des États-Unis pour accroître sa fortune personnelle et favoriser un cercle restreint de proches. « La diplomatie américaine est désormais largement subordonnée aux intérêts privés du président et de ses obligés », dénoncent-ils.

Mar-a-Lago, forteresse du pouvoir et des affaires

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut se rendre à Palm Beach, où se trouve Mar-a-Lago, la résidence personnelle et le club privé de Trump. Cette bâtisse de 126 pièces, surmontée d'un drapeau américain géant, est devenue sa « Maison-Blanche d'hiver ». Les droits d'inscription au club ont bondi de 200 000 à 1 million de dollars depuis 2016, avec des frais annuels d'environ 32 000 dollars.

Les membres triés sur le volet ont la chance de croiser des patrons comme Elon Musk ou Jeff Bezos, ainsi que des chefs d'État tels que le président finlandais Alexander Stubb ou le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Trump n'hésite pas à prendre des décisions cruciales, comme déclencher un conflit contre l'Iran, depuis la war room de Mar-a-Lago.

Cryptomonnaies et projets immobiliers controversés

Les cryptomonnaies ont rapporté des milliards à la famille Trump. Initialement sceptique, Trump a lancé des tokens à son effigie et autorisé ses enfants à monétiser son nom auprès d'American Bitcoin. Les projets immobiliers signés avec des pays comme le Vietnam ou la Roumanie se sont multipliés après sa réélection, souvent via des accords de licence lucratifs.

Le cas de World Liberty Financial, une bourse aux cryptomonnaies lancée avec les Émirats arabes unis, est particulièrement frappant. Cette opération aurait rapporté plus d'un milliard de dollars à Trump, avec des contreparties comme le déblocage de puces Nvidia pour les Émiratis.

Un démantèlement systématique des garde-fous

Les accusations de conflits d'intérêts ne semblent pas émouvoir Trump, qui a méthodiquement démantelé les outils de lutte anticorruption. Il a révoqué les règles empêchant les anciens membres de l'administration de devenir lobbyistes, limogé le directeur de l'Office of Government Ethics, et suspendu l'application du Foreign Corrupt Practices Act.

Le Department of Justice a aussi supprimé l'unité chargée de saisir les actifs des oligarques russes sanctionnés. Trump a gracié plusieurs politiciens condamnés pour corruption, comme le représentant du Texas Henry Cuellar.

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Des voix dissidentes qui s'élèvent

Quelques critiques commencent à émerger, même parmi les républicains. Ken Griffin, fondateur du hedge fund Citadel, a questionné si « l'intérêt général est bien servi » par les décisions de l'administration. Un homme d'affaires local, souhaitant rester anonyme, prédit que « les gars du clan Trump vont mal finir » à cause de leurs « magouilles ».

Malgré tout, Trump poursuit ses activités. Il prévoit d'accueillir le sommet du G20 en décembre prochain dans son golf de Doral, une décision qui devrait profiter financièrement à son entreprise. Comme le résume un diplomate, « ce sera forcément une bonne affaire pour sa firme ».