Un ancien président polonais désenchanté par l'Amérique contemporaine
« Voudriez-vous vivre en Amérique ? » La réponse d'Aleksander Kwasniewski, unique président de gauche élu en Pologne depuis la chute du communisme en 1989, est sans appel : « Certainement pas, ce n'est plus l'Amérique pour laquelle j'éprouvais des sentiments ». Dans les colonnes du quotidien Gazeta Wyborcza, l'homme d'État se remémore un voyage transaméricain effectué en 1976, alors qu'il était étudiant. « C'était la plus belle Amérique de ma vie. Elle était amicale, ouverte, indemne des peurs qui sont venues par la suite, avec le sida, le terrorisme et les crises économiques qui s'y sont succédé. »
Un anniversaire national dans un climat morose
Kwasniewski estime que les États-Unis aborderont leur 250e anniversaire dans une atmosphère particulièrement sombre. Selon lui, même une défaite de Donald Trump aux élections de mi-mandat en novembre ne modifierait pas substantiellement la politique du pays, car « on ne change pas à 80 ans ». L'ancien président polonais critique vertement l'engagement américain en Iran, qu'il qualifie de « guerre imprudente » menée par un dirigeant narcissique convaincu de tout savoir mieux que quiconque. Il rappelle à ce propos le jugement sévère du général James Mattis, ancien secrétaire à la Défense de Trump : « le pays est gouverné par un fou dont les décisions sont impossibles à prévoir. »
L'Europe coincée dans une relation de dépendance
Mais les préoccupations de Kwasniewski ne se limitent pas à la scène américaine. Il s'alarme également de la situation européenne, estimant que le Vieux Continent se trouve « coincé » dans une relation de dépendance stratégique avec Washington. « Nous ne pouvons pas renoncer au soutien de ce partenaire stratégique. Il en va de notre sécurité », souligne-t-il, mettant en lumière le dilemme auquel sont confrontés les dirigeants européens.
Une présidence guidée par l'humeur plus que par la raison
Ces analyses trouvent un écho à Washington, où l'éditorialiste renommée du Wall Street Journal, Peggy Noonan, partage des observations similaires. « Trump suit ses humeurs », écrit-elle, décrivant un président capable, selon son état d'esprit, de réduire l'Iran en cendres, de déclarer victoire prématurément, ou d'envoyer des renforts supplémentaires. « Nul besoin de consulter ce truc embêtant qui s'appelle le législatif », ironise-t-elle, dépeignant un pouvoir exécutif fonctionnant en circuit fermé.
Noonan convoque la mémoire de Ronald Reagan, qui déclarait dans son discours d'adieu : « on ne devient pas président des États-Unis. On reçoit la garde temporaire d'une institution qui s'appelle la présidence et qui appartient au peuple américain. » Elle oppose cette vision institutionnelle à la pratique actuelle, où la présidence risque de devenir « une institution utilisée à des fins personnelles et selon les caprices de son détenteur ». Une dérive qui, selon elle, menace les fondements mêmes de la République démocratique américaine.
L'ère des purges à la Maison Blanche
L'administration Trump semble en effet fonctionner selon une logique de purges permanentes. Comme lors de son premier mandat, Donald Trump écarte systématiquement de son équipe gouvernementale des responsables pourtant choisis par lui-même, avec pour seul critère de sélection : la fidélité absolue à sa personne. L'éditorialiste Ross Douthat du New York Times décrit un entourage composé de « sycophantes » cherchant à devancer les désirs présidentiels. Problème majeur selon Douthat : « ce que Trump semble vouloir et ce qu'il veut réellement ne sont pas exactement la même chose. »
À chaque revers politique, Trump sacrifie les membres de son gouvernement ayant trop fidèlement appliqué ses directives. Kristi Noem, ancienne secrétaire à la Sécurité intérieure, a ainsi payé pour les événements de Minneapolis. Pam Bondi, procureure générale, a été écartée pour avoir suivi les consignes présidentielles dans le dossier Epstein. Douthat prédit que Pete Hegseth, patron du Pentagone, pourrait être le prochain sur la liste, rendu responsable des conséquences impréparées de la guerre en Iran.
Des purges qui s'étendent à l'armée de terre
En attendant son éventuel limogeage, et dans un contexte de tensions avec l'Iran, Hegseth multiplie les renvois au sein de l'Armée de terre américaine. Le général Randy George, chef d'état-major, a été le premier visé, suivi d'autres hauts responsables comme le général David Hodne. Selon Tom Nichols du magazine The Atlantic, Hegseth, « manifestement incompétent » pour son poste, se vengerait ainsi sur les officiers les plus qualifiés.
Le Los Angeles Times révèle que Randy George s'était publiquement inquiété devant des élus du Congrès de l'épuisement des stocks d'armes et de munitions causé par le conflit iranien. Les missiles Tomahawks, les projectiles furtifs et les missiles balistiques tactiques PrSM ont été utilisés massivement, alors que leur production est longue et les stocks limités. Hegseth, qui nourrirait une « animosité » envers l'institution qu'il dirige, tenterait de la peupler de fidèles à Trump sous couvert de lutter contre le « wokisme » qui l'aurait affaiblie. Selon des experts, ces purges viseraient en réalité le secrétaire à l'Armée de terre, Dan Driscoll, dont Hegseth jalouserait l'influence sur le président.



