Corruption mondiale : les démocraties en recul selon Transparency International
L'ONG Transparency International (TI) a publié mardi son rapport annuel sur l'indice de perception de la corruption 2025, dressant un constat alarmant de la dégradation mondiale. L'organisation basée à Berlin attribue à la moyenne planétaire son niveau le plus faible depuis plus d'une décennie, avec une note globale de seulement 42 sur 100.
Les États-Unis au plus bas historique
Le rapport souligne particulièrement la chute des États-Unis, qui obtiennent leur pire score jamais enregistré avec 64 points, en recul par rapport aux 65 points de l'année précédente. Transparency International pointe du doigt l'administration du président Donald Trump, revenu au pouvoir en janvier 2025, pour avoir accentué la pression sur diverses institutions américaines.
L'ONG s'inquiète explicitement des « actions qui ciblent les voix indépendantes et mettent en péril l'indépendance judiciaire ». Parmi les exemples cités figurent les pressions exercées sur la Réserve fédérale américaine, dont le président Jerome Powell fait actuellement l'objet d'une enquête du ministère de la Justice après avoir résisté aux demandes de baisse des taux d'intérêt.
Transparency International dénonce également :
- Le gel temporaire et le relâchement de l'application de la loi américaine sur les pratiques de corruption à l'étranger
- La réduction drastique de l'aide étrangère par l'administration Trump, qui a « affaibli les efforts de lutte contre la corruption à l'échelle mondiale »
La France et le Royaume-Uni en recul
Parmi les démocraties occidentales, un net recul est observé en France et au Royaume-Uni. Bien que ces deux pays conservent des positions relativement honorables dans le classement, les risques de corruption y ont significativement augmenté selon l'ONG.
Transparency International attribue cette dégradation à plusieurs facteurs :
- L'affaiblissement des contrôles indépendants
- Le manque de législations efficaces contre la corruption
- L'absence de sanctions dissuasives
Le rapport mentionne néanmoins la condamnation de l'ancien président français Nicolas Sarkozy comme « un rare exemple européen de l'application du principe de redevabilité à haut niveau ». Son incarcération de trois semaines en 2025 a marqué l'histoire de la Ve République.
L'Union européenne critiquée pour son inaction
Au sein de l'Union européenne, les pays les moins bien notés sont la Bulgarie et la Hongrie, avec un score identique de 40 points. Le rapport est particulièrement sévère envers le gouvernement hongrois de Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010.
Transparency International accuse l'exécutif hongrois d'avoir « affaibli systématiquement l'État de droit, l'espace civique et l'intégrité électorale pendant plus de 10 ans ». Cette situation aurait permis selon l'ONG de détourner des milliards d'euros, y compris des fonds européens, via des marchés publics malhonnêtes.
L'organisation reproche à l'Union européenne d'être « restée les bras croisés » face au démantèlement des protections démocratiques dans certains États membres, sans utiliser pleinement ses instruments en matière d'État de droit.
Quelques lueurs d'espoir malgré tout
Le Danemark conserve pour la huitième année consécutive sa première place mondiale avec un score exceptionnel de 89 points, démontrant qu'une gouvernance intègre reste possible.
Parmi les évolutions positives, l'Ukraine se distingue malgré son score encore faible de 36 points. Le rapport salue la mobilisation de la société civile ukrainienne qui a contraint le président Volodymyr Zelensky à renoncer à un projet limitant l'indépendance des organismes anticorruption.
Pour Transparency International, « le fait que ces scandales et bien d'autres soient révélés au grand jour montre que la nouvelle architecture anticorruption de l'Ukraine porte ses fruits », même dans le contexte difficile de l'invasion russe qui dure depuis quatre ans.
Le rapport conclut sur une note préoccupante : 122 pays sur les 180 évalués affichent des scores inférieurs à 50, indiquant que la grande majorité des nations ne parviennent pas à maîtriser la corruption. Cette tendance mondiale à la baisse, observée depuis plus d'une décennie, interpelle particulièrement les démocraties traditionnellement considérées comme des modèles d'intégrité.