Je le dis avec la gravité et l'affection d'un ami : ce qu'il se passe aujourd'hui au Sénégal nous oblige à parler. Trop longtemps, nous avons été paralysés par la peur d'être accusés de néocolonialisme. Cette pudeur est devenue une lâcheté. Les droits humains ne sont pas une marchandise d'exportation européenne. Ce sont des principes universels, et l'Afrique en est partie prenante autant que tout autre continent.
Un devoir d'amitié
Il ne s'agit pas ici de donner des leçons. En France, l'homosexualité n'a été dépénalisée qu'en 1982. Notre marche vers l'égalité a été longue, tardive, contestée. Le Sénégal n'est pas un pays comme un autre pour la France. Souvent cité comme un modèle d'État de droit en Afrique, c'est la terre de Senghor et de Diouf, ces géants de la francophonie qui ont façonné notre langue commune. Des dizaines de milliers de Sénégalais vivent, travaillent, étudient en France. Nos histoires sont enlacées.
Parler sans peur
C'est parce que ce lien est si profond que nous avons le devoir de dire à Dakar ce que des amis se disent dans les moments difficiles. Il est temps de rompre le silence et d'affirmer haut et fort que les droits fondamentaux ne peuvent être sacrifiés sur l'autel de la realpolitik ou du respect mal placé. L'amitié véritable exige la sincérité, et la sincérité exige de dénoncer les injustices, où qu'elles se produisent.



