Rumeurs sur Brigitte Macron : une « théorie zombie » impossible à déloger
Rumeurs Brigitte Macron : la théorie zombie qui persiste

Le procès en cyberharcèlement sexiste de dix personnes s'ouvre ce lundi 27 octobre 2025. Ces individus sont jugés pour avoir diffusé une infox virale sur Brigitte Macron. Il y a quatre ans, ils ont décrété que la Première dame était une femme transgenre, née Jean-Michel Trogneux. Impossible de se défaire de cette rumeur depuis.

Une rumeur devenue parasite

Depuis quatre ans, le couple Macron lutte contre une rumeur ultrarésistante : celle de la transsexualité de la Première dame. Aucun traitement n'a su en venir à bout : ni les décryptages des journalistes spécialisés en fact-checking, ni les démentis de la première concernée, ni ceux de ses proches, et encore moins l'évidence. Pourquoi mentirait-elle ? Envers et contre tous, l'asticot reste dans la pomme et entend bien dévorer la popularité de Brigitte Macron, accusée de cacher sa véritable identité, jusqu'au bout.

Comment cette rumeur transphobe est-elle devenue si virale ?

La rumeur, sortie de nulle part, est malheureusement arrivée sur les réseaux sociaux. Ce qui devait rester une discrète vidéo de la médium Natasha Rey a été repartagé sur X et sur Facebook. Il n'en fallait pas plus : « C'est une rencontre entre une offre de récits complotistes et un support, les plateformes sociales, avec leurs algorithmes. Vous enlevez le facteur réseaux sociaux, vous n'avez pas l'ampleur qu'on connaît à cette affaire », explique Tristan Mendès-France, spécialiste des cultures numériques et des réseaux sociaux. Ajoutez à cela un soupçon d'idéologie, celle de l'extrême droite le plus généralement, et une bonne pincée de petits plaisantins qui repartagent cette « drôle » d'information, et vous obtenez un faux complot retentissant. La théorie Jean-Michel Trogneux a certes été « poussée par l'intérêt opportuniste de certains », mais aussi « accompagnée et viralisée bien au-delà de ce qu'on appelle la visibilité naturelle ou organique ». Autrement dit : les algorithmes ont aidé, et ce, avant même qu'Elon Musk ne reprenne Twitter pour en faire une usine à fake news.

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Qui et quoi cette rumeur sert-elle ?

À tout le monde, ou presque. La théorie a rencontré un tel succès parmi différentes communautés que beaucoup ont croqué dans la pomme. À commencer par l'extrême droite conspirationniste, « pour s'attaquer à un adversaire idéologique ou politique ». Par exemple, le mouvement pro-Trump QAnon s'en est servi pour attaquer le « wokisme » et son acceptation de la dysphorie de genre comme un véritable trouble de santé mentale, ce qu'il est selon les psychiatres. Sans parler « des acteurs internationaux comme la Russie ». Le propagandiste russe Dmitri Kisselev s'y était donné à cœur joie en commentant une allocution d'Emmanuel Macron en mars dernier. Il avait déclaré que le Président avait parlé de menace russe « pour détourner l'attention des soupçons qui pèsent sur son union avec sa femme ». Et que dire de la fameuse Candace Owens ? « On a de l'opportunisme d'audience du côté des États-Unis avec elle, cette influenceuse qui est vraiment au cœur de la Trumposphère et qui, elle-même, s'est employée à viraliser ça à l'international », analyse Tristan Mendès-France. Les 11 vidéos YouTube de sa série intitulée « Becoming Brigitte » ont réuni près de 35 millions de vues.

Pourquoi cette rumeur colle-t-elle autant à la peau de Brigitte Macron ?

Quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre. Sur ce simple principe repose la durabilité de la théorie Jean-Michel Trogneux : « La multiplicité des acteurs et des communautés qui trouvent intérêt à repartager participe au 'revival' qu'on a pu voir ces dernières années. » En effet, très régulièrement, des comptes déterrent la théorie. Si elle s'estompe du côté des conservateurs, un troll fait une blague. Et quand il a fini sa blague, un organe de propagande étranger se met à en parler. C'est sans fin. Au point que Tristan Mendès-France parle de « théorie zombie ». Dans le jargon des experts en complot, un « zombie » est une théorie increvable qui ressort de temps à autre, dès qu'un quidam trouve pertinent de la remettre sur le devant de la table. « Ça va du 11-Septembre à l'alunissage, en passant par la Terre plate. Ce sont des théories qui survivent. » Les fausses informations persistent et trouvent de nouvelles générations de partisans.

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La plainte des Macron ou « l'effet Streisand »

Emmanuel Macron avait mentionné ce célèbre phénomène auprès de Paris Match en août. Il avait été interrogé sur sa discrétion au sujet de la théorie qui visait sa femme. L'effet Streisand, c'est attirer l'attention sur un sujet en voulant l'occulter. Au début de l'affaire, le Président avait préféré « laisser couler » : « On nous a recommandé de ne pas déposer plainte. Cela risquait de provoquer un 'effet Streisand', qui attire encore plus l'attention sur ces mensonges. » Mais face à l'ampleur prise par la rumeur aux États-Unis, il s'était résigné à porter plainte. L'expression remonte à 2003, quand Barbra Streisand découvre qu'une vidéo de sa villa a été diffusée sur Internet. La diva cherche à faire taire le photographe qui a osé capturer son domaine et le poursuit. Résultat : l'affaire est médiatisée et le monde entier finit par tomber sur la photo. « À partir d'un certain seuil de visibilité, on n'arrive plus à éteindre les théories. L'exposition aux faits, les décisions judiciaires… n'éteignent pas le feu complotiste », déplore le chercheur. Tout ce qu'on peut espérer, c'est « une hibernation ». Une accalmie lors de laquelle aucun groupe de partisans ne diffusera la fausse nouvelle. Jusqu'à ce qu'elle rejaillisse. On l'avait dit : parasite.