La stratégie de l'épouvantail médiatique face à la décision du CIO sur les catégories féminines
Épouvantail médiatique : comment la peur brouille le débat sur le sport féminin

Le mécanisme primitif de l'épouvantail dans le débat public

Comment fonctionne un épouvantail ? Comme son appellation le suggère, il opère par l'épouvante : en tablant sur le fait que la peur suffira à éloigner ceux que l'on considère comme nuisibles d'un champ jugé lucratif. Cette technique est primitive, et par conséquent redoutablement efficace. La peur figure parmi les émotions les plus rapides et les plus contagieuses – parce qu'elles sont les plus utiles dans le grand jeu de la survie. Étant donné qu'elle aide à percevoir un danger, ou à croire qu'on le perçoit, elle nous fait déjà détaler bien avant que la raison ne nous suggère l'idée d'attraper nos chaussures. Et tout le reste suit également à toute vitesse : le réflexe, le repli, l'évitement, la panique.

La presse francophone et l'art de l'enrobage alarmiste

Difficile, dès lors, de s'étonner qu'une large partie de la presse francophone ait choisi d'enrober dans tout ce qui affole le petit monde médiatico-moral – Donald Trump, les ultraconservateurs, les réactionnaires, les transphobes, la « police du genre », le retour des heures sombres – la récente décision du Comité International Olympique de réserver les compétitions féminines aux seules femmes biologiques.

Un procédé rhétorique bien rodé

Le procédé est connu : quand on ne veut surtout pas qu'une question soit traitée pour ce qu'elle est, on la relie à tout ce qu'il convient de détester. On ne se demande plus si une mesure est juste, bonne ou pertinente ; on vérifie seulement qu'elle ne risque pas de « faire le jeu » du mauvais camp. Et voilà comment une décision visant à corriger une injustice concrète faite aux sportives devient, par pure prestidigitation, un cadeau à Donald Trump et à ses gros méchants sbires sur la planète entière.

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Le principe fondamental des catégories féminines

Reste que le point de départ est d'une simplicité pas loin d'être insultante pour nos fabriques contemporaines à complications : les catégories féminines n'ont pas été inventées pour célébrer des identités, distribuer des brevets de dignité ou manifester une compassion abstraite à force d'être générique. Elles ont été créées pour compenser une asymétrie matérielle, physique, structurelle. En deux mots : pour que les femmes ne soient pas, dans le sport, condamnées à perdre contre des corps masculins. Tel est le principe le plus élémentaire de leur existence – le reste est littérature, militantisme, communication de crise ou anesthésie morale.

Le déni et ses conséquences

Il faut d'ailleurs avoir poussé assez loin le déni – et toutes ses offrandes de confort – pour présenter comme une violence inouïe le simple fait de rappeler qu'une injustice avait bel et bien été commise pendant de longues années. Des années durant lesquelles des femmes ont dû concourir, parfois encaisser des coups, souvent ravaler leurs objections, presque toujours se taire, sous peine d'être traitées d'ignorantes, de haineuses ou de suppôts de l'extrême droite. Un temps bien trop long – et des pertes qu'on ne comblera jamais – qui aura vu l'équité passer après l'image. Où des règlements auront été tordus pour complaire à une sensibilité hypertrophiée convaincue que la bonté consiste à ne surtout rien voir.

La prophétie autoréalisatrice de l'épouvantail

Ce qui ne laisse pas de fasciner, dans cette affaire, est que la stratégie de l'épouvantail rejoint la pente de la prophétie autoréalisatrice. À force de hurler que toute défense des catégories féminines serait un cadeau aux réactionnaires, on pousse précisément le débat dans leurs bras. À force d'interdire toute parole mesurée, toute objection factuelle, toute prudence et toute lucidité biologique au motif qu'elles sentiraient le soufre, on fabrique les conditions d'un raidissement. Un cauchemar, nous avait-on avertis, tout en travaillant à le faire advenir.

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La peur comme substitut à la pensée

Ainsi va le progressisme épuisé qui préfère l'épouvante au discernement. Car la peur dispense de penser, elle permet de sauter l'étape la plus pénible, celle de la confrontation avec les faits. Peu importe alors que le sport de haut niveau soit affaire de masse osseuse, de densité musculaire, de capacité pulmonaire, de vitesse, d'impact, de marges infimes où quelques pourcents décident de tout. Peu importe que les catégories féminines existent précisément pour neutraliser les avantages issus de la physiologie mâle. Peu importe que la peur soit devenue un mode de gouvernement, et que trop de journalistes maîtrisent désormais moins l'art de la recherche et du dévoilement de la vérité que celui d'en tenir le public à distance.