Le plan interministériel de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations, dévoilé le 7 juillet 2026 par le gouvernement, suscite une vive déception parmi les acteurs du secteur. Associations et experts dénoncent un manque d'ambition et des moyens financiers insuffisants pour endiguer la montée des actes racistes et antisémites en France.
Un plan jugé timide et sous-doté
Présenté par la Première ministre, ce plan quinquennal 2026-2031 prévoit une enveloppe de 150 millions d'euros, soit 30 millions par an. Un montant jugé dérisoire par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), qui rappelle que le budget de l'État dépasse les 400 milliards d'euros. « C'est une goutte d'eau dans un océan de besoins », a déclaré son président, Mario Stasi, estimant qu'il faudrait au moins 500 millions d'euros sur la période.
Selon le ministère de l'Intérieur, les actes racistes, xénophobes ou antireligieux ont augmenté de 12% en 2025 par rapport à 2024, avec plus de 15 000 faits recensés. Les actes antisémites, eux, ont bondi de 30% sur la même période, atteignant 1 676 incidents. Face à ces chiffres alarmants, les associations attendaient des mesures plus fortes.
Des mesures concrètes mais insuffisantes
Le plan s'articule autour de quatre axes : la prévention, la formation, la sanction et l'accompagnement des victimes. Parmi les annonces, la création d'un observatoire national des discriminations, le renforcement de la formation des forces de l'ordre et des magistrats, ou encore le doublement du nombre de référents anti-discriminations dans les préfectures. Cependant, les associations pointent l'absence de calendrier précis et d'indicateurs chiffrés pour évaluer l'efficacité des mesures.
« On nous promet des actions, mais sans objectifs clairs ni évaluation, cela restera lettre morte », regrette Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Il déplore également l'absence de mesures spécifiques pour lutter contre les discriminations dans l'emploi et le logement, secteurs où les inégalités persistent fortement.
Un appel à un Grenelle contre les discriminations
Plusieurs associations, dont la Licra, SOS Racisme et le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), appellent à l'organisation d'un Grenelle contre les discriminations. Elles réclament une concertation élargie avec la société civile, les syndicats et les entreprises pour définir une stratégie nationale cohérente.
« Le gouvernement doit passer à la vitesse supérieure. On ne lutte pas contre le racisme avec des rustines, mais avec une politique structurelle et ambitieuse », insiste Yonathan Arfi, président du Crif. Il souligne que la France dispose de lois solides, mais que leur application reste lacunaire, faute de moyens humains et financiers.
Des réactions politiques contrastées
À gauche, le plan est qualifié d'« insuffisant » et de « manque d'ambition ». La députée LFI Danièle Obono dénonce « un plan de communication plutôt qu'un véritable plan d'action ». De son côté, le Rassemblement national critique un « plan qui stigmatise les Français de souche » et refuse toute « repentance ». La majorité présidentielle, elle, défend un plan « équilibré et pragmatique », selon la ministre déléguée à la Citoyenneté, Sonia Backès, qui promet un suivi semestriel des mesures.
Alors que la France accueillera en 2027 le congrès mondial de lutte contre le racisme, les associations espèrent que le gouvernement revoit sa copie. En attendant, elles appellent à une mobilisation citoyenne pour faire pression sur les pouvoirs publics.



