Mines antipersonnel : le témoignage poignant d'Emilie Vath, victime à 5 ans
Mines antipersonnel : le combat d'Emilie Vath, victime à 5 ans

Le drame cambodgien d'Emilie Vath, victime des mines à 5 ans

En 1979, alors qu'elle fuyait les Khmers rouges avec sa famille à travers la forêt cambodgienne, la vie d'Emilie Vath a basculé en un instant. À seulement 5 ans, en cherchant à se rafraîchir à un point d'eau, elle a été bousculée et a posé le pied sur une mine antipersonnel. « J'ai entendu une détonation, puis un voile noir. En reprenant conscience, j'ai vu que la moitié de ma jambe gauche était déchiquetée », raconte-t-elle avec émotion.

Un parcours de survie douloureux dans la jungle

Après l'explosion, Emilie a reçu des soins d'urgence sommaires, sans médicaments, avant d'être transportée sur une civière pendant quinze jours jusqu'au camp de réfugiés de Khao I Dang, à la frontière thaïlando-cambodgienne. Là, elle a découvert avec effroi de nombreuses personnes amputées, dont une majorité d'enfants. Les médecins, confrontés à une gangrène galopante, ont dû procéder à l'amputation de sa jambe et l'ont plongée dans un coma artificiel pendant un mois.

La première prothèse en bambou et l'adaptation

Une fois la cicatrisation achevée, l'atelier d'Handicap International lui a fabriqué une prothèse rudimentaire en bambou. « La douleur était intense au début, mais quand j'ai pu poser mon pied appareillé par terre, j'ai crié : 'Enfin, je marche comme les autres !' », se souvient-elle. Il a fallu réapprendre l'équilibre et maîtriser cet équipement sommaire.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Dans le camp, elle a partagé son quotidien avec Gniep Smoeun, une autre jeune Cambodgienne ayant perdu sa jambe droite vers l'âge de 10 ans. Ensemble, elles jouaient au football avec des béquilles et créaient des espiègleries. Quelques mois plus tard, les deux familles ont été accueillies en France : Emilie en Champagne-Ardenne, Gniep à Poissy avec sa mère paraplégique.

Le retour inquiétant des mines antipersonnel en Europe

Aujourd'hui quinquagénaire, Emilie Vath s'engage aux côtés d'Handicap International pour dénoncer les effets dévastateurs des mines. Son alarme est d'autant plus cruciale qu'en 2025, cinq pays frontaliers de la Russie – l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande et la Pologne – ont décidé de se retirer du traité d'Ottawa de 1997, qui interdit ces armes. L'ONG lance ce 4 avril, journée internationale de sensibilisation, une vaste campagne pour les exhorter à respecter leurs engagements.

Une insulte aux victimes selon les survivantes

Pour Emilie Vath et Gniep Smoeun, ce retrait est inacceptable. « C'est une insulte aux victimes. Une mine détruit physiquement – on boite avec une prothèse – mais aussi notre avenir et nos ambitions. Psychologiquement, le fardeau est immense », explique Gniep, devenue infirmière en Bretagne. Emilie, désormais assistante de direction dans une association sportive en Champagne-Ardenne, ajoute : « Je ne veux pas de pitié, mais chaque jour, nous devons être plus forts que les valides. »

Un combat quotidien et des séquelles durables

Les deux femmes évoquent rarement leur passé auprès de leurs collègues, par pudeur. « Dans le milieu médical, on garde pour soi ses épreuves, même si c'est difficile. Pourtant, mes patients font preuve d'une bienveillance extraordinaire envers mon handicap », confie Gniep Smoeun. Elle souligne que son accident, survenu il y a plus de quarante ans, engendre toujours un combat quotidien sur les plans professionnel, familial et personnel. « Quand je suis devenue mère, je me suis demandé si j'en serais capable », révèle-t-elle.

Une menace persistante dans les zones de conflit

Les mines antipersonnel, peu coûteuses à produire, continuent de faire des victimes en Ukraine, en Syrie et ailleurs, frappant indistinctement civils et militaires. Elles représentent une menace durable, bien après la fin des hostilités. Handicap International rappelle que ces armes causent des blessures atroces et des traumatismes profonds, comme en témoignent Emilie Vath et Gniep Smoeun, dont la résilience force l'admiration mais ne doit pas faire oublier l'urgence d'une interdiction mondiale.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale