Ce vendredi 22 mai, environ 1 500 fidèles se sont rendus à la mosquée d'Agen pour la prière hebdomadaire, un chiffre habituel selon le président de l'association cultuelle, Messaoud Settati. Pourtant, l'atmosphère était lourde : une semaine plus tôt, le 15 mai, la communauté musulmane avait reçu une lettre de menaces de mort signée du "Ragondin de Garonne", accompagnée de quatre douilles. Cette missive islamophobe a semé l'inquiétude parmi les fidèles, mais n'a pas dissuadé la majorité de venir prier.
Des mesures de sécurité renforcées
Face à ces menaces, la mosquée a adapté son dispositif de sécurité : deux des trois portails d'accès au parking sont condamnés, et huit bénévoles, répartis en deux groupes, assurent la surveillance. "Il y a forcément une crainte qui s'installe", confie Khalid, 46 ans, restaurateur agenais. "Certaines personnes âgées n'osent plus venir ou viennent accompagnées", ajoute Youssef, 47 ans, directeur de travaux en génie civil, qui a même cessé d'emmener ses enfants aux cours d'arabe le samedi matin.
Des avis divergents sur le climat à Agen
Si certains fidèles expriment leur peur, d'autres estiment qu'Agen n'est pas une ville raciste. "Je ne pense pas que la ville d'Agen soit raciste", déclare Azouz, électricien de 32 ans, inscrit dans des clubs de football locaux depuis toujours. "Je n'ai jamais senti un climat hostile, c'est la première fois que je suis confronté à une attaque." Khalid partage cet avis : "Avec les autres religions, nos relations sont apaisées. Pour moi, ce n'est qu'un épisode."
En revanche, Chafek, 35 ans, confie d'une voix tremblante : "La vérité : j'ai peur. Les gens veulent juste prier tranquillement." Mohammed, d'un ton posé, s'interroge : "Pourquoi critiquer notre religion ? Nous respectons tout le monde. Notre message, comme dans le christianisme, c'est : 'Aime ton prochain comme toi-même'."
Les plus jeunes, comme Fadi, 17 ans, Ayoub, 19 ans, et Mohammed, 16 ans, n'ont pas hésité à venir. "De manière générale, l'islamophobie progresse, on nous attribue le comportement d'extrémistes alors que notre religion les condamne", explique Ayoub. "À Agen, ça va. On peut sortir en qamis ou djellaba. Il y a des propos déplacés parfois, mais ça va", ajoute Fadi.
Préparation de la grande prière de l'Aïd
Le prochain grand rendez-vous est fixé au mercredi 27 mai pour la prière de l'Aïd, qui devrait rassembler entre 6 000 et 8 000 personnes au parc des expositions. L'imam a donné des consignes : "Covoiturez avec votre famille, vos voisins, chacun doit amener son tapis de prière ou sa chaise." Il a également évoqué les menaces : "Nous avons eu une réunion en urgence avec les services de l'État et la mairie. Nous avons demandé plus de rondes, avec des voitures de police ou banalisées, lors de la prière de l'Aïd." Une plainte a été déposée.
Messaoud Settati a conclu brièvement pour rassurer les fidèles : "Il ne faut pas avoir peur. La police, la préfecture et la municipalité sont là, nous sommes soutenus."



