Mort de Lyhanna : la Fondation des femmes dénonce un système judiciaire défaillant
Lyhanna : la Fondation des femmes dénonce un système défaillant

Mort de Lyhanna : la Fondation des femmes dénonce un système judiciaire défaillant

La colère de Floriane Volt, directrice des affaires publiques et juridiques de la Fondation des femmes, ne tient pas seulement à l'horreur de l'affaire Lyhanna. Elle vient de la répétition. De ces alertes lancées depuis des années par les associations féministes et de protection de l'enfance. De ces affaires qui se succèdent. De ces plaintes classées sans suite. De cette impression, surtout, que les mêmes failles continuent de produire les mêmes drames.

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, et les révélations sur les plaintes qui avaient déjà visé le suspect Jérôme Barella, Floriane Volt dit partager "la colère et la douleur". Mais elle refuse de voir dans ce dossier un simple accident judiciaire. "Dans un pays où 94 % des plaintes pour viol sont laissées sans suite, on ne peut pas parler de dysfonctionnement. Malheureusement, c'est tout un système qui fait défaut", tranche-t-elle.

Un problème de volonté politique

Pour Floriane Volt, le problème dépasse le manque de moyens. Il révèle aussi "un manque de volonté politique" pour protéger les enfants, entendre leur parole et enquêter suffisamment vite. "Quand il y a des plaintes et qu'il ne se passe rien, c'est bien qu'on est en incapacité de les entendre", estime-t-elle. Un classement sans suite, rappelle-t-elle, "n'équivaut pas à un acquittement". Mais il constitue une nouvelle violence pour les victimes, déjà confrontées à des démarches longues, coûteuses et décourageantes.

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Pour une loi intégrale avec des moyens

La Fondation des femmes réclame une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Un texte porté avec des associations féministes et enfantistes, nourri notamment par les travaux de la Ciivise, cette commission qui avait suscité "un grand espoir" avant de laisser place, selon elle, à "une grande déception" faute de traduction politique suffisante. L'objectif : agir à tous les niveaux, avec des moyens pour les associations, les enquêtes, la justice, la prévention, la formation, l'éducation et le soin.

Floriane Volt refuse les réponses "ponctuelles", prises après chaque nouvelle affaire. Le renforcement des peines pour les violeurs en série ou l'encadrement des délais d'enquête proposés par Sébastien Lecornu ce 9 juin peuvent aller dans le bon sens, reconnaît-elle, mais ne suffisent pas. "Ce qu'il faut, c'est un changement global". Sans moyens, prévient-elle, la loi intégrale risquerait elle aussi de devenir "un coup d'épée dans l'eau".

Une séquence plus large

La Fondation des femmes inscrit l'affaire Lyhanna dans une séquence plus large : l'affaire Judith Godrèche, l'affaire Bruel, le procès Pelicot et les viols de Mazan, mais aussi le scandale des violences sexuelles dans le périscolaire à Paris. Autant d'affaires qui, selon Floriane Volt, montrent que la société "supporte de moins en moins ces violences", tandis que la réponse judiciaire reste trop faible : "La réponse à MeToo, c'est le classement sans suite", tranche-t-elle.

Le viol, un crime de domination

Cette parole, chez les enfants, ne passe pas toujours par les mots. Floriane Volt évoque les crises, la peur, les changements brutaux de comportement, les gestes. "Un enfant de 10 ans ne va pas dire les mêmes choses qu'un enfant de 4 ans ou qu'un enfant de 2 ans". D'où la nécessité, selon elle, de former tous les professionnels au repérage et au recueil de cette parole.

Elle rejette aussi les lectures qui réduisent le viol à une pulsion sexuelle. "Le viol, ce n'est pas du tout une affaire de pulsion sexuelle", insiste-t-elle, en s'appuyant sur les analyses féministes et les travaux de l'anthropologue Dorothée Dussy. "C'est un crime de domination. Le viol des enfants aussi". Pour la Fondation des femmes, cette clé de lecture impose de penser la prévention, la justice et la protection autrement.

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"Les Françaises et les Français n'en peuvent plus de cette actualité qui déborde d'affaires, de violences, de victimes qu'on ne protège pas", résume Floriane Volt. La colère autour de Lyhanna n'est donc pas seulement celle d'un drame. C'est celle d'un système que les associations disent connaître, documenter et alerter depuis longtemps. Et qu'elles demandent désormais de transformer en profondeur.