Tribune : l'horrible novlangue des avocats de Cédric Jubillar
L'horrible novlangue des avocats de Cédric Jubillar

L’écrivaine Johanne Rigoulot, autrice d’« Un dimanche matin » sur le féminicide commis par son cousin Pierre, analyse la novlangue utilisée par la défense de Cédric Jubillar. En 2020, Delphine Aussaguel disparaissait ; la même année, son cousin Pierre se suicidait après seize ans de prison pour le meurtre de sa femme Katia Martin. Le terme « féminicide » s’était alors imposé, permettant de reconnaître la dimension systémique de ces drames.

Un double échec : société et système carcéral

Cette histoire est celle d’un double échec : une société où l’on tue les femmes et un système carcéral incapable de réhabiliter les hommes. Depuis, les féminicides sont comptabilisés dans les médias. Comme Alexia Daval, Katia était censée être partie courir. Comme Delphine, elle laissait deux jeunes enfants. Comme Jonathann Daval et Cédric Jubillar, Pierre a nié toute responsabilité, se présentant comme victime d’une disparition mystérieuse.

La mise en scène du crime

Au parloir, interrogé sur sa mise en scène, Pierre a répondu : « Je n’allais tout de même pas montrer ce corps à ses parents ? » Ceux-ci ont découvert le cadavre dans un sac de chantier, caché à la cave. La violence des faits est aujourd’hui indéniable, contrairement à l’époque où l’on croyait à la « mauvaise chute » de Marie Trintignant.

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En 2026, Cédric Jubillar a avoué sa responsabilité dans la mort de Delphine. Un soulagement pour les proches, mais la vérité est déformée par une novlangue aseptisée. Les avocats Dubuisson parlent de « faits s’apparentant à un crime passionnel », de « mal tourné » ou de « certaine extrémité ». Cédric n’a pas tué, il est « à l’origine de sa disparition ». Le cadavre devient un « corps inanimé », et ses aveux, une preuve de « sensibilité ».

L’invisibilisation de la victime

Le changement commence par les mots. Le concept de féminicide a permis de compter les victimes : près de 3 000 femmes tuées par leur conjoint depuis l’assassinat de Katia. Pourtant, la défense de Jubillar invisibilise Delphine : en vingt-cinq minutes de conférence de presse, son nom de famille n’a jamais été prononcé. Delphine Aussaguel, infirmière de 33 ans, mère de deux enfants, a voulu divorcer. Son mari l’a tuée. Elle est « une de plus ».

Lors des manifestations contre les violences sexistes, il est essentiel de nommer les victimes, même mortes. Cette tribune est signée par Johanne Rigoulot, dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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