Sorti en 1992, Thank God I’m a Lesbian est un documentaire culte du mouvement lesbien. Pour la première fois, des militantes y racontent avec franchise leur parcours, leurs engagements… et aussi certaines de leurs détestations, parmi lesquelles la bisexualité occupe une place de choix. La sociologue Christine Delphy, grande figure du féminisme matérialiste en France, y porte l’attaque la plus frontale. Adolescente, dit-elle, elle avait cru être bisexuelle, avant de se sentir pleinement lesbienne. Et, à la 29e minute, elle ajoute : « Il m’arrive de lire ou d’entendre parler de bisexuelles authentiques, et je ne peux pas y croire. J’ai le sentiment, commun à la majorité des lesbiennes et gays, que c’est de la frime et une trahison politique. » Rien que ça.
Trente ans plus tard, changement d’ambiance : la bisexualité s’invite dans le débat d’idées, avec une demi-douzaine d’ouvrages publiés en France ces dernières années, suscitant des soirées-débats, des articles, des émissions de radio – le même engouement est signalé en Grande-Bretagne, au Canada…
Un concept flou
Longtemps tenus en marge des mouvements gay et lesbiens, les « bi » font l’objet de livres qui en montrent des enjeux mal connus, entre discriminations, santé publique et réflexion sur la sexualité. La bisexualité reste une notion floue et difficile à manier, souvent réduite à une simple étape de transition ou à un refus de choisir. Pourtant, elle concerne une part significative de la population LGBTQIA+, et ses spécificités méritent d’être mieux comprises.
Discriminations spécifiques
Les personnes bisexuelles subissent des discriminations à la fois de la part de la société hétérosexuelle et au sein même des communautés gay et lesbienne. Cette double exclusion a des conséquences sur leur santé mentale et leur bien-être. Des études montrent qu’elles sont plus exposées à l’anxiété, à la dépression et aux idées suicidaires que les personnes homosexuelles ou hétérosexuelles.
Enjeux de santé publique
La bisexualité pose aussi des questions de santé publique, notamment en matière de prévention des infections sexuellement transmissibles. Les comportements sexuels des bisexuels sont souvent moins visibles et moins pris en compte par les campagnes de prévention, ce qui peut accroître les risques.
Enfin, la bisexualité invite à repenser la sexualité dans sa fluidité, au-delà des catégories binaires. Elle remet en question l’idée d’une orientation sexuelle fixe et ouvre la voie à une réflexion plus large sur la diversité des désirs et des pratiques.



