Ajaccio : la marche des fiertés LGBTI+ revendique visibilité et droits
Ajaccio : marche des fiertés LGBTI+ pour visibilité et droits

Ce samedi, les rues d’Ajaccio seront arc-en-ciel. L’association d’entraide LGBTI+ Arcu Corsica organise sa quatrième édition de la marche des fiertés, ou « marchja di e fiertà » en langue corse. Soutenu par une vingtaine de collectifs et d’associations, le défilé veut célébrer la diversité et dénoncer « l’oppression et les discriminations » dont est victime la communauté queer. Sur l’île de Beauté, l’initiative est encore récente, alors que la première marche des fiertés remonte à 1977 à Paris.

Un besoin de représentation et de visibilité

« Beaucoup de personnes de la communauté LGBTI+ ne se sentaient pas représentées, étaient invisibilisées…, retrace Eva, 33 ans, membre de l’association depuis quatre ans. On organise cette marche pour dire qu’on existe et pour revendiquer nos droits. » En amont du défilé, des films queer vont être présentés dans plusieurs cinémas à Ajaccio et Bastia. Le jour J, une délégation venue de Sardaigne accompagnera les militants. Un soutien comme un écho entre les deux îles méditerranéennes. « Ils peuvent nous comprendre », explique la militante.

Un contexte insulaire marqué par le « tabou »

Effectivement, les problématiques se répondent. « On est une île, c’est très compliqué d’avoir l’ouverture d’esprit du continent » appuie la trentenaire, qui évoque un « tabou » et une culture « traditionnelle » forte. « Tu as le droit d’être qui tu veux mais n’en parle pas, résume-t-elle. Il y a des gens qui ne vont jamais oser dire qu’ils sont homosexuels ou transgenres. » « Comme les gens se cachent et que tout le monde se connaît, il y a moins de dépistages en laboratoire », confie un autre membre de l’association qui souhaite rester anonyme. Dans ce contexte, difficile de « porter sa fierté ».

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Un événement devenu rendez-vous malgré les difficultés

Lorsque l’association décide d’organiser sa première pride, impossible de savoir comment sera perçue l’initiative. « On a reçu tellement de messages de remerciements, se souvient Eva, qui vit dans un village. On a eu des Corses vivant sur le continent qui reviennent pour faire la marche. C’est très symbolique. » Certains natifs de l’île, notamment les plus âgés, ont parfois opté pour l’exil pour vivre une vie plus assumée. « Les personnes transgenres n’ont souvent pas le choix car il y a peu de médecins pour les suivre sur l’île », ajoute la militante.

Un climat de « défiance » mais une communauté qui se construit

Malgré des messages haineux, l’évènement tend à devenir un rendez-vous. Non sans climat de « défiance », reconnaît Julia Torlet, présidente et porte-parole de SOS Homophobie. Si l’association n’a pas de délégation sur l’île, elle reste un soutien de l’Arcu et envoie régulièrement ses juristes pour soutenir des victimes de violences homophobes. « C’est difficile d’être soi face à la société en Corse, mais c’est aussi difficile de faire communauté, d’avoir du soutien car moins on est visible, moins on peut se retrouver », précise Julia Torlet. Mais la situation n’est pas propre à l’île. « D’autres régions ont un peu les mêmes dynamiques, décrypte-t-elle. Il y a quelque chose qui se joue de l’ordre de l’urbain et du rural. »

Arcu Corsica : un pilier pour la communauté LGBTI+ corse

C’est aussi la mission d’Arcu, depuis sa création : devenir un pilier de la communauté en aidant ceux qui en ont besoin mais aussi en travaillant sur la vie sociale. « Beaucoup de gens pensent que toutes les idées LGBTI+ viennent du continent et qu’elles n’existent pas, martèle Eva. Cette marche sert à leur répondre que nous sommes Corses, qu’on est là et qu’on ne veut pas vivre notre vie ailleurs. »

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