Les voisins de l'Iran redoutent l'ouverture d'une boîte de Pandore après les frappes
Voisins de l'Iran craignent une escalade régionale après frappes

Les voisins de l'Iran redoutent l'ouverture d'une boîte de Pandore après les frappes

Des pays du Golfe à la Turquie en passant par le Pakistan, les voisins de l'Iran craignent profondément que les frappes lancées ce samedi par les États-Unis et Israël contre Téhéran n'ouvrent une véritable boîte de Pandore régionale. En cas de frappe américaine, l'Iran répliquerait et la crise s'étendrait dans toute la région, avec un possible blocage du détroit d'Ormuz et des actions des groupes proxy, même affaiblis. Le chaos en Iran affecterait également la Turquie et l'Union européenne avec un afflux massif potentiel de réfugiés, comme l'avait résumé pour l'AFP une source diplomatique d'un pays frontalier de l'Iran avant le déclenchement de l'attaque.

Peur de la riposte iranienne dans le Golfe

Les alliés de Washington dans le Golfe redoutent avant tout une riposte iranienne visant directement leur territoire. Même s'ils sont supposés bénéficier de la protection des États-Unis, ils abritent des sites militaires américains les plaçant en première ligne. Le Bahreïn a annoncé samedi qu'une base américaine du pays avait été frappée dans une attaque de missile après les frappes contre l'Iran. Cette situation rappelle l'attaque iranienne de juin 2025 contre la base d'Al-Udeid au Qatar, la plus importante de la région, en riposte à des bombardements américains sur ses installations nucléaires.

Les pays du Golfe se savent particulièrement vulnérables car les Iraniens disposent de missiles basiques à portée intermédiaire leur permettant de toucher des points vitaux :

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  • Les usines de désalinisation d'eau de mer
  • Les hubs d'hydrocarbures
  • Les centrales électriques

Comme l'explique Pierre Razoux, directeur des études de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques, ces infrastructures critiques pourraient être ciblées dans le pire des scénarios.

Risques d'éruption de violences et de chaos

Ébranler l'Iran risquerait aussi de réveiller d'autres conflits que Téhéran pourrait être tenté de réactiver, par le biais des groupes armés qu'il soutient dans la région, notamment les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban. Si le pouvoir en place est éliminé par une action armée, sans transition vers une autre forme politique stable, l'Iran pourrait devenir dans le pire des cas une zone de chaos, déchirée entre minorités et refuge de groupes violents.

Un haut responsable d'un service de renseignement européen met en garde : « Si changement de régime il doit y avoir, il doit venir de l'intérieur du pays. Si les Américains ou les Israéliens veulent forcer un changement de régime, ils risquent de provoquer un effet inverse », comme en Libye où le chaos meurtrier a suivi le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011.

Menaces pour la Turquie et le Pakistan

L'affaiblissement de l'Iran risquerait d'être mis à profit par des groupes hostiles à ses voisins. « Lors des précédents mouvements de contestation, la Turquie craignait qu'en cas de chute du régime, les groupes kurdes en profitent pour créer des problèmes en Turquie », rappelle Gonul Tol du Middle East Institute. Les groupes liés aux combattants du mouvement kurde PKK pourraient devenir plus actifs.

Les enjeux sont similaires pour le Pakistan, en plein conflit avec l'Afghanistan. Des frappes américaines « auraient des conséquences déstabilisatrices pour toute la région, et le Pakistan risque d'être particulièrement affecté », juge l'analyste et ancienne diplomate Maleeha Lodhi. Tout espace non gouverné près des frontières renforcerait les activistes de la province instable du Balouchistan et constituerait une grave menace pour sa sécurité.

Risques de vagues migratoires massives

Certains voisins craignent d'importants déplacements de population ou un afflux de réfugiés, comme la Turquie l'a connu lors de la guerre civile en Syrie. « Le choc serait sans doute beaucoup plus fort, compte tenu de la taille du pays, sa population, l'hétérogénéité de l'Iran », observe Sinan Ülgen, chercheur associé au centre Carnegie Europe. La Turquie, l'Azerbaïdjan et l'Arménie s'inquiètent particulièrement car ils seraient des pays de destination potentiels.

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Conséquences économiques et énergétiques

Les pétro-États de la région sont préoccupés par des frappes contre les infrastructures énergétiques et par un éventuel blocage des flux dans le goulet d'étranglement du détroit d'Ormuz. Or, ces pays du Golfe sont engagés dans des agendas politiques coûteux :

  1. Changement de modèle économique
  2. Grands travaux d'infrastructure
  3. Transitions énergétiques ambitieuses

« Tout serait plus compliqué avec une crise pétrolière. Avoir à gérer les conséquences sécuritaires d'un changement de régime en Iran ajouterait une couche de complexité », explique Cinzia Bianco, chercheuse sur le Golfe pour l'ECFR. De plus, un tel scénario risquerait de pousser la Chine, grande acheteuse de pétrole du Golfe, à vouloir réduire ses liens avec la région, alors même que les monarchies du Golfe tentent de diminuer leur dépendance commerciale aux États-Unis.